Hans Hartung est un artiste que nous aimons et suivons depuis de nombreuses années et dont nous avons eu le plaisir d’acquérir des œuvres majeures qui ont aujourd’hui rejoint de très belles collections.

Le renouveau des années 1970

Cette toile de 1976 est tout à fait caractéristique du travail de l’artiste des années 1970 et elle nous éclaire sur l’aspect chercheur-bricoleur de Hans Hartung.

La décennie 70 constitue un tournant dans la carrière, déjà longue et établie au niveau international à cette période, de l’artiste français d’origine allemande. Dans son autobiographie[1] publiée en 1976, Hartung nous explique ce changement :

« (…) récemment, je me suis mis à changer, à utiliser des teintes plus vives, du rouge minium, de l’orange, du jaune pur (…). Ces nouveaux accords entre la couleur et moi correspondent à une sorte de renouveau. »[2]

En 1973, l’artiste et son épouse Anna-Eva Bergman, s‘installent sur les collines d’Antibes dans le sud de la France où ils font construire leur habitation et leurs ateliers après maintes collaborations, souvent houleuses, avec divers architectes. Le couple d’artistes sait ce qu’il veut et dessine les plans dans les moindres détails : des lignes pures, des murs blancs, des toits plats, deux patios formant atriums et des ouvertures au format particulier pour laisser entrer la lumière d’une certaine façon, le tout dans un style très minimaliste et antidécoratif. Mais avant tout, la maison est pensée en fonction des caractéristiques du terrain pentu et de l’ombre portée des oliviers centenaires qui l’occupent. Hors de question de dénaturer cet environnement, le bâtit devra épouser l’inclinaison du sol et s’harmoniser dans la simplicité avec son environnement.

Les ateliers sont construits en contre-bas de la maison afin de bien délimiter les espaces de travail et de repos. Deux grands cubes blancs ouverts vers le nord et inclinés vers le sud qui offrent à chacun l’espace de création dont ils rêvaient et qui leur correspond.

Quand nous visitons aujourd’hui ces lieux, nous ne pouvons qu’être frappés par les atmosphères si différentes qui en émanent. L’atelier d’Anna-Eva Bergman est, comme à l’extérieur, très épuré et minimal, zen pourrait-on dire, immaculé.

En entrant dans l’atelier d’Hartung, c’est l’énergie qui nous saute à la figure, à tel point que l’on ne trouverait pas étonnant que l’artiste vienne nous rendre une petite visite. Tout a été laissé en l’état : les grandes giclées de peinture sur les murs, les chevalets, les innombrables outils achetés ou fabriqués par l’artiste lui-même.

Et là, tout s’éclaire. Là, l’importance de l’outil devient évidente.

Hans HARTUNG, l’inventeur

L’artiste en a parlé et a bien insisté sur cet aspect de son travail dès ses premiers dessins. S’il avait un stylo dans la main, il ne pouvait s’empêcher de l’utiliser aussi à l’envers, de s’en servir comme d’une pointe pour graver le papier ou retourner la plume pour créer des taches. Toute sa vie, il a développé de nouvelles techniques picturales par l’utilisation d’objets et d’outils aussi variés que surprenants car non destinés au domaine des beaux-arts mais plutôt à l’univers du bricolage ou du jardinage ! Du petit peigne métallique au râteau, de la poire soufflante à la sulfateuse, des pointes sèches utilisées en gravure aux branches de genêts du jardin, l’artiste est empreint d’une liberté absolue. C’est par l’outil qu’il dépasse les limites propres à la peinture.

« Ce qui m’importe c’est de ne me laisser enfermer ni par les autres ni par moi-même. De rester entièrement libre de changer, de faire autre chose, même si ma nouvelle manière risque de trouver moins d’écho que la précédente »[3]

Couleurs et contraste

Pour autant, il ne s’égare pas et ne part pas dans tous les sens. Il y a chez lui cette permanence d’une vision cosmique, d’un lien fort entre la nature et la création. Déjà enfant, il était fasciné par les éclairs qu’il tentait de reproduire d’un geste spontané aussi vite qu’ils lui apparaissaient. Dans ces années 1970, c’est le jaune du soleil et le bleu du ciel méditerranéen qui seront fréquemment confrontés au noir sur les toiles qui sortiront de l’atelier.

A cette période, Hans Hartung travaille à une série de lithographies et cette technique le passionne. Déjà, elle lui permet de réaliser des éditions qui seront accessibles à un plus grand public. Et surtout, elle lui fait découvrir de nouveaux outils. Il va jouer avec les encres afin de trouver ses propres couleurs et s’approprier les rouleaux lithographiques de divers formats qu’il utilisera ensuite avec de l’acrylique directement sur la toile, comme sur notre œuvre de 1976.

T1976-E14 est donc tout à fait typique de cette recherche autour de l’ombre et de la lumière avec l’utilisation de ce jaune éclatant confronté à la densité du noir qui le recouvre en partie. Au niveau purement technique, Hartung a utilisé ici des rouleaux lithographiques trempés dans la peinture acrylique noire pour construire son graphisme très architecturé et positionné en contraste sur le fond clair. Le quadrillage est obtenu par l’utilisation de tampons et de grilles qui, appliqués dans la peinture fraîche en ôteront le surplus et formeront les stries.

« Les jeux du soleil et de l’ombre, la lumière reflétée sur les murs et les plafonds par la blancheur des lames savamment inclinées des persiennes valent, pour un peintre, bien des toiles »[4]

Hartung ne crée pas pour plaire ou pour répondre à ce qu’un public pourrait attendre de lui. Il est habité par une force intérieure qui le pousse au travail encore et encore et surtout, il cherche, toujours plus loin, comment exprimer de manières sans cesse renouvelées ses états émotionnels et son rapport à la nature et au cosmos par une abstraction à la fois libre et tellement rigoureuse.


maud barral, Galerie d’art Cannes, Galerie Hurtebize, achat tableau art, art moderne, art contemporain, contemporary art, modern art, art abstrait, art figuratif, abstraction lyrique, art abstrait géométrique, peintures, tableau, sculpture, école de paris, hans hartung, robert combas, pierre soulages, marc chagall, georges mathieu, bernard buffet, jean miotte, vasarely, abner

Maud Barral

Après une expérience de 15 ans passés aux côtés de Jean Ferrero, directeur de la galerie historique de l’École de Nice et des Nouveaux Réalistes, Maud a ensuite défendu la jeune création contemporaine durant 5 ans, au sein de sa propre galerie, avant de rejoindre l’équipe de la Galerie Hurtebize en 2015.


[1] Hans HARTUNG, Autoportrait, éd. Grasset, 1976

[2] Op.cit. p.312

[3] Op. cit. p.313

[4] Op. cit. p.294