LUMIÈRE DU CIRQUE, 1969: une variation unique autour de l'un des thèmes majeurs de l'œuvre de Marc Chagall

Réalisée en 1969, Lumière du Cirque s’inscrit parmi les grandes compositions que Marc Chagall consacre à l’univers du cirque, un thème qui traverse son œuvre durant plus de quarante ans. Exécutée à l’aquarelle, au pastel, à la gouache, aux encres de couleurs et au crayon sur un tirage noir de la lithographie M.566, cette œuvre témoigne de la manière dont l’artiste enrichissait certaines estampes par une intervention picturale directe, leur conférant le caractère d’une création unique.

Signée en bas à droite, accompagnée d’un certificat du Comité Marc Chagall et provenant d’une collection privée française, cette œuvre réunit plusieurs des thèmes fondamentaux de son langage artistique : le cirque, les amoureux, les animaux, la musique et la couleur. Elle illustre également une conception de la peinture où les souvenirs, les symboles et les émotions prennent le pas sur la représentation fidèle du réel.

Le cirque, un thème fondateur dans l'œuvre de Marc Chagall

L’univers du cirque accompagne Marc Chagall tout au long de sa carrière. Son intérêt pour ce sujet trouve son origine dans son enfance à Vitebsk, où les spectacles des troupes itinérantes rythment régulièrement la vie de la ville. Ces représentations populaires nourrissent très tôt son imaginaire et resteront profondément ancrées dans sa mémoire.

Cette fascination s’enrichit au cours des années 1920 lorsque le marchand Ambroise Vollard lui commande notamment les illustrations des Fables de La Fontaine. Les deux hommes fréquentent alors régulièrement le Cirque d’Hiver à Paris. Vollard encourage ces visites, persuadé que cet univers constitue une source d’inspiration pour l’artiste. De cette période naît notamment le célèbre ensemble des Gouaches du Cirque Vollard, qui marque durablement l’évolution de son œuvre.

À partir des années 1950, le cirque devient l’un des sujets les plus récurrents de son travail. Chagall ne cherche toutefois pas à représenter un spectacle au sens documentaire. Acrobates, clowns, écuyères, chevaux et musiciens deviennent les acteurs d’un univers intérieur où le rêve se substitue au réel. L’artiste établit lui-même un parallèle entre ces personnages et les créateurs, dont ils partagent la capacité à émerveiller, émouvoir et faire naître l’imaginaire.

Cette vision est résumée dans l’une de ses plus célèbres déclarations :

« Mon cirque se joue dans le ciel, il se joue dans les nuages parmi les chaises, il se joue dans la fenêtre où se reflète la lumière. »

Cette citation éclaire particulièrement Lumière du Cirque, où les personnages semblent évoluer dans un espace affranchi de toute gravité.

Un imaginaire nourri par son héritage culturel

Pour comprendre l’univers de Marc Chagall, il est également nécessaire de revenir à son éducation au sein de la communauté juive hassidique de Vitebsk. Ce courant mystique du judaïsme accorde une place essentielle à la joie, à la musique, à la danse et à la célébration comme expressions de la spiritualité.

Les scènes de fête, les musiciens, les couples amoureux, les animaux ou encore les bouquets de fleurs qui traversent son œuvre trouvent en partie leur origine dans cette culture où l’émotion et la poésie occupent une place centrale.

Le cirque apparaît ainsi comme le prolongement naturel de cet univers : un espace où la musique, le mouvement et la célébration deviennent les vecteurs d’un langage universel.

Les figures en apesanteur, si caractéristiques de son langage plastique, participent à cette recherche de légèreté et d’élévation. Elles traduisent un monde affranchi des lois de la gravité, où la fête, l’amour et le rêve prennent le dessus sur le quotidien. Elles peuvent également être interprétées comme l’évocation de la condition d’un peuple contraint à l’exil, balloté d’un territoire à l’autre au gré de l’histoire, une expérience qui a profondément marqué la vie de l’artiste.

Lumière du cirque Marc Chagall 1969

Une composition où chaque figure participe à un récit poétique

Lumière du Cirque se construit autour d’une grande figure féminine allongée qui occupe la majeure partie de la composition. Dessinée d’un trait noir souple et continu, elle semble flotter dans un espace sans véritable perspective.

Son regard rencontre celui d’un cheval blanc, figure emblématique de l’univers de Chagall. Au-dessus d’eux apparaît un couple d’amoureux dont les visages se rejoignent dans une grande douceur. Sur la partie gauche, une acrobate suspendue à son trapèze domine une série de petites silhouettes de spectateurs, tandis que le soleil et la lune coexistent dans la partie supérieure de la composition.

Comme souvent chez Chagall, ces éléments ne constituent pas une scène unique mais un assemblage de souvenirs, de références et d’émotions. Les différentes échelles, l’absence de perspective traditionnelle et la liberté de composition donnent à l’ensemble l’apparence d’un rêve où plusieurs temporalités se superposent.

La couleur, un langage à part entière

Chez Marc Chagall, la couleur ne cherche jamais à reproduire fidèlement la réalité. Elle constitue un langage à part entière, viennent soutenir les formes avant même de les décrire.

Dès ses premières années parisiennes, l’artiste développe une approche profondément personnelle de la couleur, s’éloignant des harmonies naturalistes encore largement dominantes au début du XXᵉ siècle. Les bleus, les rouges, les verts ou les jaunes deviennent des espaces émotionnels qui organisent la composition autant que le dessin.

Le violet occupe une place singulière dans cette recherche. Encore relativement peu utilisé comme couleur dominante par les peintres de sa génération, il devient chez Chagall un véritable outil d’expression. Associé aux bleus, aux roses et aux jaunes, il participe à la diffusion d’une lumière qui semble émaner de la couleur elle-même plutôt que d’une source extérieure.

Dans Lumière du Cirque, les interventions à l’aquarelle, au pastel et à la gouache débordent volontairement des contours, les transparences se superposent et les formes semblent parfois se dissoudre dans la lumière. La couleur ne décrit plus les objets ; elle traduit leur intensité.

La couleur, un langage à part entière

Chez Marc Chagall, la couleur ne cherche jamais à reproduire fidèlement la réalité. Elle constitue un langage à part entière, viennent soutenir les formes avant même de les décrire.

Dès ses premières années parisiennes, l’artiste développe une approche profondément personnelle de la couleur, s’éloignant des harmonies naturalistes encore largement dominantes au début du XXᵉ siècle. Les bleus, les rouges, les verts ou les jaunes deviennent des espaces émotionnels qui organisent la composition autant que le dessin.

Le violet occupe une place singulière dans cette recherche. Encore relativement peu utilisé comme couleur dominante par les peintres de sa génération, il devient chez Chagall un véritable outil d’expression. Associé aux bleus, aux roses et aux jaunes, il participe à la diffusion d’une lumière qui semble émaner de la couleur elle-même plutôt que d’une source extérieure.

Dans Lumière du Cirque, les interventions à l’aquarelle, au pastel et à la gouache débordent volontairement des contours, les transparences se superposent et les formes semblent parfois se dissoudre dans la lumière. La couleur ne décrit plus les objets ; elle traduit leur intensité.

Entre estampe et œuvre originale

Lumière du Cirque est réalisée sur un tirage noir de la lithographie référencée M.566, que Marc Chagall reprend ensuite directement à la main.

Cette pratique occupe une place particulière dans son œuvre. L’artiste transforme l’équilibre de la composition grâce à l’aquarelle, au pastel, à la gouache, aux encres de couleurs et au crayon. Chaque intervention modifie les rapports entre les figures, enrichit la lumière et introduit une matière picturale absente de l’estampe.

La comparaison avec la version lithographiée en couleurs révèle cette liberté d’interprétation. Si la structure générale demeure identique, les harmonies chromatiques, la diffusion des pigments et l’intensité des contrastes diffèrent sensiblement. L’œuvre présentée ici constitue ainsi une variation unique autour de cette composition.

Marc Chagall, Lumière Du Cirque, 1969, lithographie M.566 13/50

Une synthèse du langage artistique de Marc Chagall

Réalisée en 1969, Lumière du Cirque appartient à une période où Marc Chagall bénéficie d’une reconnaissance internationale tout en poursuivant une remarquable liberté d’expérimentation. Installé à Saint-Paul-de-Vence, il partage alors son activité entre peinture, estampe, vitrail, mosaïque, céramique et sculpture monumentale.

Cette œuvre réunit les principaux éléments qui fondent son identité artistique : un espace affranchi des lois de la perspective, une iconographie nourrie de souvenirs personnels, un langage symbolique immédiatement reconnaissable et une couleur utilisée comme vecteur d’émotion.

Plus qu’une représentation du cirque, Lumière du Cirque propose une synthèse de la vision du monde de Marc Chagall. Les artistes de piste, les amoureux, les animaux et les musiciens sont les figures d’un univers intérieur où mémoire, poésie et création se confondent dans une même lumière.


Portrait Céline FERNANDEZ responsable Communication

Céline Fernandez

Forte d’une expérience de 15 ans dans le marketing et la communication, Céline a travaillé pour de grandes sociétés telles que l'agence Hopscotch, le Groupe Galerie Lafayette et plusieurs agences de communications. Depuis 2019, elle gère la communication de la galerie à travers le site internet, les réseaux sociaux et les médias traditionnels.

__

Cet article s’appuie sur les principales références consacrées à Marc Chagall et à son œuvre :

  • Franz MeyerMarc Chagall, Harry N. Abrams, New York, édition révisée, 1963 (plusieurs rééditions). Il s’agit de la première grande monographie scientifique consacrée à l’artiste, rédigée par son gendre et historien de l’art.
  • Charles SorlierChagall Lithographe, 6 volumes, André Sauret Éditeur, Monte-Carlo, 1960-1986. Le catalogue raisonné des lithographies de Marc Chagall, dans lequel la lithographie M.566 est référencée.
  • Jean-Louis PratChagall ou la lumière de l’origine, Éditions Gallimard / Fondation Maeght, 1995. Une étude de référence consacrée à l’univers poétique et spirituel de l’artiste.
  • Meret MeyerMarc Chagall. Life and Work, Hatje Cantz, 2018. Une synthèse récente de la vie et de l’œuvre de l’artiste, fondée sur les archives familiales.
  • Comité Marc Chagall, documentation scientifique et certificat d’authenticité de l’œuvre Lumière du cirque, 1969.
  • Musée national Marc Chagall (Nice), documentation scientifique consacrée aux grands thèmes de l’œuvre de Marc Chagall, notamment le cirque, la couleur et les symboles.
  • Fondation Marc Chagall (marcchagall.com), rubrique consacrée au thème du cirque et aux écrits de l’artiste.

Le thème du cirque apparaît dès les années 1920 dans l’œuvre de Chagall et devient l’un de ses sujets majeurs à partir des années 1950.¹

Puis en bas :

¹ Charles Sorlier, Chagall Lithographe, vol. V, André Sauret, Monte-Carlo.

Ou encore :

Chagall déclarait : *« Mon cirque se joue dans le ciel… »*²

² Fondation Marc Chagall, Le Cirque, citation reproduite dans les archives de la Fondation.

Newsletter

  • Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.

Privacy Preference Center

Galerie Hurtebize
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.