Georges Mathieu

1921 (Boulogne-sur-mer) - 2012 (Boulogne-Billancourt)

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Biographie

Georges Mathieu, né le 27 janvier 1921 à Boulogne-sur-Mer, est un peintre français considéré comme l’un des pères de l’Abstraction Lyrique. Artiste libre et autodidacte, Mathieu a marqué de sa calligraphie si reconnaissable l’Histoire de l’Art Moderne.

Georges Mathieu a étudié la littérature et la philosophie à l’Université de Lille avant de se lancer dans l’art à 21 ans, à Paris. Après avoir peint des paysages et des portraits réalistes, il développe un style personnel expressionniste abstrait très distinctif.

En 1947, Mathieu s’associe à Camille Bryen pour organiser une exposition d’oeuvres tachistes qu’il a désignée comme de la « non-figuration psychique ». Les peintures de Mathieu, qu’il appelle des « Abstractions Lyriques », – d’où le nom que prendra le courant -, dépassent les contraintes de la tradition et des systèmes régulateurs formels, posant Mathieu – avec Fautrier et Dubuffet – comme l’un des principaux représentants de l’Art Informel français.

On retrouve dans les œuvres de cet artiste singulier et érudit toutes ses réflexions d’ancien étudiant en philosophie. En effet, l’empreinte laissée par les existentialistes dont la pensée est alors très diffusée en France est sensible dans son abstraction. « Le discours de Mathieu était très intéressant. Il disait, en appliquant à la peinture l’idée des philosophes existentialistes qui prétendent que l’existence précède l’essence, que le signe précède la signification »[1] explique le galeriste Patrice Trigano à ce sujet. Son art est donc un travail discursif, rempli de signes qui doivent s’écrire d’abord et révéler leur signification en un second temps. C’est là toute la liberté de l’artiste, véritable démiurge de son propre discours, comme chaque homme, selon Jean-Paul Sartre, jeté dans la déréliction du monde, est créateur de sa propre vie, confronté à une liberté paralysante dont il faut se satisfaire pour inventer sa propre voie. Ses titres évoquant des faits historiques mettent en avant la marche de l’Histoire, peuplée de personnages qui ont su prendre en main leur destin et accomplir, chacun à sa manière, une vie intense. Ainsi, ces hommes du passé, – admirés par un Georges Mathieu aux tendances monarchistes – incarnent la vigueur des émotions qui traversent la vie de tout un chacun au moment où il choisit d’exister par lui-même.

Jusqu’en 1951, Georges Mathieu participe à des expositions collectives qui lui permettent notamment de mettre en avant son lien avec les artistes abstraits américains ; il admire particulièrement Jackson Pollock, alter ego en matière de gestuelle spontanée, bien que le style des deux artistes se manifeste de manière complètement différente.

Puis il décide de se lancer seul dans la réalisation performative d’immenses toiles, devant public, et ce dès 1954. L’artiste utilise par exemple 800 tubes de peinture pour créer un tableau de 4 x 12 mètres devant un public de 2000 personnes au théâtre Sarah-Bernhardt en 1956. Georges Mathieu est en somme le tout premier artiste « performer » : il se fait filmer par la télévision qui diffuse en direct ses moments de création, de transe, ouverts au public. Sa grande moustache et son attitude du duelliste face à la toile le rendent immensément célèbre, notamment auprès du ministre de la culture André Malraux qui s’exclamera « Enfin un calligraphe occidental ! »[2] Le parcours de Mathieu sous les feux des projecteurs est en effet étonnant ; ses performances filmées l’érigent en mythe vivant de la peinture abstraite, tandis que sa pièce de dix francs et ses publicités pour Air France lui assurent une place non négligeable en tant qu’artiste au service de la Nation. Il porte en lui le germe de la nouveauté française et, à ce titre, est plébiscité par le gouvernement, qui a déjà compris son rôle de pionnier de l’Art Moderne.

Si Georges Mathieu connaît alors cet immense succès médiatique, il le doit à son audace, mais aussi à l’innovation de son travail pictural. En 1957, à Tokyo, il est acclamé par tous. Ses œuvres sont déjà présentées lors d’expositions spéciales entre Paris et New-York en 1951-52, tant son style est unique et précurseur de l’Abstraction à la française.

Mathieu a participé à de nombreux événements internationaux avec des expositions personnelles, dont la Documenta II en 1959. Au début des années 1960, Mathieu a également fait de la sculpture et a conçu des meubles, des tapisseries et des fresques. Comme le souligne Lydia Harambourg, cette multiplicité des domaines de création est célébrée dès 1963 par l’Etat français : « La rétrospective que lui consacre en 1963 le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris est la consécration et une reconnaissance officielle qui le place au premier rang des commandes dans le domaine des arts appliqués auquel le peintre s’emploie à redonner tout son prestige, des Gobelins à la Monnaie de Paris. »[3]

Cette même année, Georges Mathieu se fait théoricien de l’art, et fondateur du tachisme dans l’essai « Au-delà du tachisme ». Ainsi, c’est un artiste total : peintre, dessinateur, concepteur de mobilier, sculpteur, mais aussi théoricien.

Georges Mathieu ne cesse jamais. Il touche à tout, et renouvelle à chaque instant son vocabulaire pictural dans une quête effrénée, jusqu’à la fin de sa vie. Dès 1975, il évolue vers un style nouveau, s’éloignant des compositions centrées et écrites des années 50-60. Il propose un vocabulaire explosif, plus étalé sur la toile, à l’aide de projections d’alkyde, qui éclaboussent dans une rage expressive aux couleurs très vives des fonds toujours précisément travaillés, souvent dans des gammes sombres. Cette seconde phase de l’œuvre du peintre a été remise à l’honneur par la Galerie Templon en 2018.

Georges Mathieu s’est éteint en 2012, à Boulogne-Billancourt.

[1] Patrice TRIGANO, Une vie pour l’art, Editions de la Différence, Paris, 2006, p. 145.

[2] André MALRAUX, in Mathieu, 50 ans de création, Editions Hervas, Paris, 2003, p. 7.

[3] Lydia HARAMBOURG, « Bernard Buffet – Georges Mathieu, entre mythe et modernité » in Bernard Buffet, catalogue de l’exposition éponyme du 16 octobre 2016 au 5 mars 2017 au Musée d’art Moderne de la Ville de Paris, Paris Musées, Paris, 2016, disponible en ligne sur : https://georges-mathieu.fr/2016/12/lydia-harambourg-bernard-buffet-georges-mathieu-entre-mythe-et-modernite/