SANS TITRE, 1901Francis Picabia : un paysage avant les grandes ruptures.
Bien avant Dada, les compositions mécanomorphes et les expérimentations abstraites, Francis Picabia peint le paysage. Réalisée en 1901, cette huile sur toile exposée à la Galerie Hurtebize permet de découvrir l’artiste au tout début d’une trajectoire qui sera marquée par une succession exceptionnelle de mutations stylistiques.
Picabia avant Picabia
En 1901, Francis Picabia (1879-1953) fête ses 22 ans. Formé à l’École des Arts décoratifs de Paris à partir de 1895, il a déjà fait ses débuts au Salon des Artistes Français en 1899 avec Une rue aux Martigues. Deux ans plus tard, il y expose à nouveau et participe également à la 10e Exposition de la Société artistique et littéraire de Paris-Province, organisée à la Galerie Georges Petit.
C’est dans ce contexte que s’inscrit cette œuvre Sans titre, datée de 1901. Un paysage de petit format dans lequel un chemin longe un cours d’eau bordé d’arbres, tandis qu’une barque apparaît au premier plan. La composition invite le regard à progresser dans le paysage, entre les masses végétales et leurs reflets.
Les plans rapprochés révèlent particulièrement le travail de la matière : une touche visible et mobile construit les feuillages, l’eau et le ciel, tandis que verts, bleus, ocres et tonalités violacées structurent les différents plans.
Une œuvre à l'aube de la période impressionniste de Picabia
La place de ces premières années dans l’œuvre de Picabia mérite toutefois d’être nuancée. Le premier volume du catalogue raisonné, consacré aux années 1898-1914, évoque ses premières œuvres impressionnistes dès la fin des années 1890. La biographie publiée par le Comité Picabia précise quant à elle que c’est après 1902 que l’influence de Camille Pissarro et surtout d’Alfred Sisley devient sensible dans sa peinture, marquant l’affirmation de sa période impressionniste.
Celle-ci connaît son plein développement au milieu de la décennie. En 1905, sa première exposition personnelle est organisée par Danthon ; Picabia perfectionne alors sa technique impressionniste au cours d’une période particulièrement prolifique.
L’intérêt de cette toile de 1901 réside précisément dans son antériorité : elle permet d’observer le travail d’un jeune artiste avant que ne s’affirment les langages successifs auxquels son nom sera associé.
Francis Picabia, une œuvre en perpétuelle mutation
Car chercher à enfermer Francis Picabia dans un mouvement serait presque contradictoire avec son parcours.
Après sa période impressionniste, il se confronte entre 1909 et 1914 au fauvisme, au futurisme, au cubisme et à l’orphisme, avant de développer des œuvres cubistes et abstraites majeures autour de 1912-1914.
À partir de 1915 viennent les compositions mécanomorphes et son rôle central dans Dada. Dans les années 1920 et 1930 apparaissent de nouvelles formes figuratives, les « Monstres » puis les célèbres Transparences. À la fin de sa vie, Picabia revient encore à une abstraction profondément personnelle. Le catalogue raisonné souligne d’ailleurs combien son œuvre résiste à toute continuité stylistique conventionnelle.
Chez Picabia, la mutation devient ainsi une forme de permanence.
Regarder cette peinture de 1901 revient alors à remonter à l’origine de cette trajectoire : un Picabia avant toutes les métamorphoses qui feront de lui Picabia.

Céline Fernandez
Forte d’une expérience de 15 ans dans le marketing et la communication, Céline a travaillé pour de grandes sociétés telles que l'agence Hopscotch, le Groupe Galerie Lafayette et plusieurs agences de communications. Depuis 2019, elle gère la communication de la galerie à travers le site internet, les réseaux sociaux et les médias traditionnels.


