Détresse Vaincue de Georges Mathieu rouge de 1986

Détresse Vaincue, la peinture au graphisme architecturé de Georges Mathieu

« Tous mes gestes s’enchaînent et je ne peux ni les expliquer ni les modérer. Ils ont pour aboutissement une sorte d’écriture inspirée, réalisée sans aucune préméditation »

Georges MATHIEU

Détresse Vaincue, datée de 1986, est une peinture au graphisme très architecturé, travaillée dans l’épaisseur de la matière, où Georges MATHIEU joue des contrastes de l’alkyde et de l’acrylique. Ici, pas de déflagration colorée mais un enchevêtrement de traits et de signes où les couleurs se mélangent et se superposent dans une œuvre construite comme un plan. Tout à fait typique de cette période qui suit le « Tournant Cosmique » de 1985, la composition, extrêmement fournie et énergique, n’est plus systématiquement placée au centre de la toile, dernier vestige du classicisme, mais se propage librement sur le fond et se permet même de le dépasser.

Un ensemble de signes blancs et rouges, très denses, en relation les uns avec les autres, passe sur ou sous les aplats noirs et bleus, et occupe les deux tiers de la toile. Comme le précise l’artiste, « les signes occultés en partie par des taches acquièrent une grandeur nouvelle ».

L’écriture s’étire jusqu’au bas du support où le fond rouge respire. L’épaisseur de la matière donne un côté sculptural à la peinture. Pas d’explosion des couleurs (seulement 4 utilisées ici) mais une énergie induite par la confrontation des signes fins aux aplats épais travaillés à la brosse.

Le graphisme suggère la vitesse de réalisation et l’on sent la liberté du geste de l’artiste qui s’est détaché de toute contrainte. Cette œuvre illustre parfaitement la définition de l’abstraction lyrique proposée par Mathieu qui doit répondre à 4 critères, bouleversant ainsi la théorie de la peinture pratiquée jusqu’alors :

1 – Primauté accordée à la vitesse d’exécution ;

2 – Aucune préexistence des formes ;

3 – Absence de préméditation des gestes ;

4 – Nécessité d’un état second de concentration.

Pour André Malraux, « la peinture tend bien moins à voir le monde qu’à en créer un autre »[1]. C’est exactement la pensée de Georges Mathieu : « Il ne s’agit plus de reproduire mais d’inventer. C’est à la fois exaltant et angoissant »

L’utilisation du rouge illustre parfaitement cette dualité entre exaltation et angoisse. Couleur chaude de la passion ou de l’enfer, la plus fascinante et la plus ambiguë qui soit, à la fois amour et sang, énergique et rassurante, le rouge remue les sentiments. Présente ici en aplat sur le fond ou appliquée en relief glacé directement du tube à la toile, la couleur rouge se distingue tout en se mêlant par endroit au blanc, au noir et au bleu ciel. Mathieu utilise ici deux couleurs primaires (rouge et bleu) qu’il confronte, oppose ou associe au blanc et au noir.

Si l’on s’appuie sur la théorie des couleurs proposée par Kandinsky[2], le bleu est propice à la méditation, le rouge incite à l’action et aux sentiments, et le violet, obtenu ici par un mélange des 4 teintes (bleu/rouge/blanc/noir) conduit à la réflexion.

Méditation, action, réflexion : quelle œuvre pourrait-être plus complète que celle-ci ? Tout est là, tout est dit, tout est ressenti et l’effet de la couleur sur l’âme défini par Kandinsky est indéniable.

Georges Mathieu et le marché de l’art

Si l’artiste a connu un immense succès dès les années 50 et a pu bénéficier de son vivant de nombreuses rétrospectives muséales, il a été aussi très critiqué et décrié notamment dans les années 1980 et 1990.

Voici deux ans, les galeries internationales Nahmad et Perrotin concluaient un accord exclusif avec la succession Georges Mathieu. Depuis, les résultats des ventes aux enchères ne cessent d’évoluer pour atteindre aujourd’hui des prix plus de trois fois supérieurs à ceux espérés à la fin des années 2010. Une progression fulgurante, notamment grâce à l’intérêt porté par le marché asiatique sur le travail des années 80 de Georges Mathieu. Deux œuvres de 1988 vendues ce mois-ci chez Phillips et Poly à Hong-Kong, qui étaient estimées autour de 150.000 €, ont réalisé des records en étant adjugées plus de 450.000 € avec les frais.

Alors reconnaissons que Georges Mathieu est un grand Maître et que ces dernières ventes viennent enfin récompenser un peintre à la hauteur de son talent.


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Maud Barral

Après une expérience de 15 ans passés aux côtés de Jean Ferrero, directeur de la galerie historique de l’École de Nice et des Nouveaux Réalistes, Maud a ensuite défendu la jeune création contemporaine durant 5 ans, au sein de sa propre galerie, avant de rejoindre l’équipe de la Galerie Hurtebize en 2015.


[1] André MALRAUX, Le Musée Imaginaire, Gallimard, Paris1965.

[2] Wassily KANDINSKY, Du Spirituel dans l’Art et dans la peinture en particulier, Denoël, Paris, 1989