Claude Venard est un artiste d’après-guerre, célèbre auprès des amateurs de l’École de Paris.

Au fil des années, grâce à son style unique, brut et coloré, il s’est taillé une réputation considérable à l’international.

Né en 1913 dans la capitale française, il se forme auprès d’un restaurateur du Musée du Louvre.

Il se refuse à étudier aux Beaux-Arts, institution trop académique pour lui.

L’année 1936 marque un tournant dans sa carrière : il participe à l’exposition du groupe Les Forces Nouvelles, dont font aussi partie Pierre Tal-Coat et André Marchand. Ces artistes souhaitent le retour aux principes de l’artisanat.  Mais Venard a une sensibilité un peu différente, et s’éloigne du mouvement pour trouver sa propre voie.

Grand coloriste aux influences cubistes, son style a exercé une influence marquante sur la jeune génération d’alors, dont Bernard Buffet est sans doute le peintre le plus célèbre aujourd’hui. Venard est en effet l’un des premiers à avoir conseillé le jeune prodige. Le trait noir de Claude, qui enveloppe les couleurs de courbes géométriques serait-il un brin lié au graphisme exacerbé – mais bien plus rigide – du jeune Bernard ? La question laisse songeur.

« Claude Venard révèle des facultés de renouvellement qui reposent sur le solide métier d’un peintre dont Jean Cocteau a dit qu’il était le plus doué de sa génération. »[1] écrit Vincent Breton pour le catalogue de Vercel, galeriste parisien favori de Claude Venard.

Admiré par ses pairs, à l’instar de Jean Cocteau donc, mais aussi des hommes de lettres et des intellectuels, Claude Venard se situe au carrefour de toutes les écoles artistiques : associé au post-cubisme, ses compositions tendent de plus en plus vers l’abstrait, renouvelant sans cesse le langage traditionnel de la peinture : natures mortes, paysages, scène de genre, portraits…Toutes ces représentations – engins volants, villes et détails architecturaux, compotiers aux fruits mûrs…- sont mises en scène dans une esthétique chère au peintre : souvent très colorée, très en matière, avec des effets de reliefs et de texture bruts.

Les objets, les personnages, en un mot les éléments constitutifs de l’image, sont enfermés dans un cerne noir plus ou moins épais, mais toujours présent et à tendance géométrique. L’aspect novateur de ses œuvres naît de cette stylisation des formes, alliée à un usage de la spatule et du couteau presque grossier, volontairement visible.

La Nature Morte proposée par la Galerie Hurtebize à Cannes est caractéristique de son travail : sur un format carré, que l’auteur a souvent employé pour ses natures mortes, Venard propose un compotier aux fruits sur une table, à côté d’un chandelier. Dans une gamme de couleurs rose-orange, de bleus pastels et de vert, avec des touches de blanc et de noir, il offre sa maîtrise du jeu de la perspective non-albertienne et de l’équilibre, d’inspiration cubiste. Mais il confère aussi des reliefs, des épaisseurs à sa peinture, de façon à l’animer par les empâtements et les mouvements visibles du pinceau et du couteau. Cette nature morte est une représentation picturale : par son jeu de couleurs non représentatives, sa géométrie approximative et la présence de la matière étalée avec une rudimentaire spatule, Claude Venard nous le réaffirme. L’illusionnisme n’est plus, vive l’imaginaire de l’artiste !

Cette manière de peindre initiée par les impressionnistes et l’école de Gauguin a pour but de célébrer de manière honnête la beauté de la Nature, avec un langage qui ne triche pas en tentant de la contrefaire :

«Venard aime la nature, il vit avec, mais ne prend aucune familiarité avec elle. 

Il n’appelle pas la mer « ma grande bleue » ni le littoral 

« ma petite côte d’azur ».

Et la nature lui en sait gré. »[2]

Cette analyse d’un artiste respectueux des sujets qu’il traite, c’est le poète Jacques Prévert, grand ami du peintre, qui nous la livre.

Si la Nature est au cœur des recherches de Venard, l’architecture compte également parmi ses sujets de prédilection. La Cathédrale, accrochée aux cimaises de la Galerie Hurtebize, et anciennement dans la collection de l’actrice Danielle Darrieux, représente une église anonyme, sans aucun doute d’invention. Le format allongé, propice à la peinture d’un monument, se constitue d’un fond vieux rose repassé d’épaisses touches grises. Sur cette aube spectaculaire se détache le monument, à dominante grise, comme la pierre qu’il représente. Le travail des textures y est incroyable, virtuose : Venard ose mêler sable et peinture à l’huile pour y représenter quelques briques, la toiture est reprise avec des effets granuleux, un grillage semble avoir été appliqué sur certaines zones pour texturer les parois de cette église imaginaire par empreinte de quadrillage.

Ainsi, dans une palette presque monochrome, Venard arrive à créer une grande diversité de touches et de détails qui rendent cette façade de cathédrale presque tangible, réelle, le tout dans un style paradoxalement non-illusionniste.

Ainsi, le travail de Claude Venard s’est porté sur le trait tout autant que sur la couleur et les effets de matière : un peintre complet, à venir découvrir ou redécouvrir dans le parcours d’exposition de la Galerie Hurtebize à Cannes !


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Marie Cambas

Dernière arrivée dans l’équipe, Marie est diplômée de l’Ecole du Louvre et de la Sorbonne en histoire et en histoire de l’art. Spécialisée en peinture ancienne, elle se tourne ensuite vers l’art Moderne et intègre la galerie en 2018.

[1] Vincent Breton, catalogue Vercel.

[2] Jacques Prévert (préface exposition F. Vercel)