Zoom sur portrait féminin de Kisling

Moïse Kisling et l’expression d’un idéal de beauté typique des années folles

Moïse Kisling, né en Pologne en 1891 où il se forme dès l’âge de 15 ans au dessin industriel tout en préparant déjà son entrée à l’Ecole des Beaux-Arts de Cracovie, arrive à Paris en 1910 sur les conseils de son professeur Joseph Pankiewics, grand admirateur des Impressionnistes qui le pousse où souffle un vent de liberté, de créativité et d’audace dans tous les domaines artistiques : musique, danse, peinture, littérature…

Il s’installe dans un premier temps à Montmartre où il est immédiatement rattaché à l’Ecole de Paris avant de devenir le « Prince de Montparnasse », attirant par sa générosité et son appétit de vivre les artistes novateurs qui s’y retrouvent : Picasso, Derain, Modigliani qui sera son grand ami, Max Jacob, André Salmon, Jean Cocteau

Pour Joseph Kessel « Kisling aimait la vie et la vie l’aimait (…). Il était simplicité, sincérité et naturel. Il se contentait de vivre »[1].

Si les années 1910 sont riches de rencontres, son travail ne sera reconnu qu’à la fin de cette décennie et le succès au rendez-vous dès les années 1922. Jacques Lambert qualifie la période de 1920 à 1930 d’années bleues, en opposition aux années grises de la seconde guerre mondiale qui suivront.

La Galerie Hurtebize acquiert un portrait féminin emblématique de l'œuvre de Kisling

Le portrait que nous présentons aujourd’hui date de 1924 qui sera marquée par de nombreux voyages mais aussi suivant juste la naissance de ses deux fils et une vie de plus en plus confortable et stable. Si les nombreux amis sont toujours aux rendez-vous fixés le mercredi chez Renée et Moïse Kisling, l’artiste est tous les jours, dès les premières heures, au travail dans son atelier. Chaque œuvre, qu’il s’agisse d’un portrait, d’un paysage, d’un bouquet ou d’une Nature-Morte, est soigneusement et longuement préparée. Et, dès cette période, chaque tableau peint est immédiatement vendu.

Les portraits qu’il réalise tout au long de sa carrière sont reconnaissables par son trait tout à fait personnel et pourtant assez divergents au niveau de leur composition. Si l’arrière-plan est souvent neutre, certains portraits sont ornés d’une fine dentelle ou d’une étoffe aux motifs délicats, mais l’accent est mis sur la recherche de la pureté et la lumière des visages tout en s’appuyant sur des accords chromatiques très étudiés.

La simplicité du portrait présenté aujourd’hui fait ressortir la finesse et la force de Kisling par un cadrage serré sur un fond anonyme. Roger de Montebello décrit l’homme au travail :

« … il semble foncer sur la toile, et c’est une petite touche légère et fraîche qu’il pose de sa grosse patte délicate »[2].

Si nous observons en détails le traitement de la frange du modèle de notre tableau, c’est exactement ce que nous ressentons : le trait est spontané et en même temps tellement tendre et précis, dynamique et élégant. L’accent est mis, comme toujours, sur le regard qui exprime à la fois une certaine mélancolie en opposition au désir de l’artiste de faire ressortir la beauté de la Femme et sa personnalité propre. Comme chez Modigliani, les « regards » traduits par Kisling se reconnaissent dans tous les portraits qu’il réalisera : de grands yeux en amande qui ne fixent jamais directement le spectateur sans l’ignorer totalement non plus. Un regard légèrement perdu et pourtant tellement présent.

La délicatesse se retrouve également dans les traits du visage, le nez et la bouche à peine esquissés, si légèrement réhaussés d’une petite note colorée. Et le fond qui parait au premier coup d’œil si neutre, est en fait une harmonie savante de teintes froides et de fines transparences qui viennent appuyer la lumière émanant proprement de la peau du modèle et irradiant l’espace entier de la toile.

Si Kisling n’a pas révolutionné la peinture, il s’entoure d’esprits libres et son œuvre est une synthèse très personnelle des différents mouvements picturaux de son époque : néo-classicisme, couleurs audacieuses des Fauves, théorie volumétrique de Cézanne, cubisme de Picasso et Braque, absence de perspective chère aux Nabis, naïveté du Douanier-Rousseau ou mélancolie de l’Ecole Judaïque… Il s’intéresse aux canons et aux nouveautés de la peinture tout en obéissant d’abord à son tempérament profond et cherchant à tout prix à rester lui-même. Il crée un réalisme raffiné par la stylisation et la synthétisation des formes qui lui sont propres, un dessin ferme et précis aboutissant à un art figuratif aux lignes simples et épurées par lequel il cherche avant tout à transcrire la vie intérieure de ses modèles mais où transparaît toujours une gaieté empreinte de mélancolie.

« Je ne fais pas des portraits psychologiques, mais j’essaie, par l’ambiance, le costume, l’aspect extérieur du corps, la vie intense du regard ou des mains, de placer mes personnages dans leur existence courante »[3]

Son œuvre, principalement dédiée aux portraits féminins, s’attache à faire ressortir la beauté de la femme moderne tout en exprimant sa sensibilité. Matisse lui rendra hommage quelques jours après sa mort en le qualifiant « d’un des meilleurs portraitistes de son époque »[4].


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Maud Barral

Après une expérience de 15 ans passés aux côtés de Jean Ferrero, directeur de la galerie historique de l’École de Nice et des Nouveaux Réalistes, Maud a ensuite défendu la jeune création contemporaine durant 5 ans, au sein de sa propre galerie, avant de rejoindre l’équipe de la Galerie Hurtebize en 2015.


[1] Joseph KESSEL, KISLING, édité par Jean Kisling, 2e édition, 1989, pp.16-20

[2] Jacques LAMBERT, KISLING, Prince de Montparnasse, Les Editions de Paris, 2011, p.81

[3] Henri TROYAT, KISLING, édité par Jean Kisling, 1982, p.18

[4] Jacques LAMBERT, KISLING, Prince de Montparnasse, Les Editions de Paris, 2011, p.89


Artisan sculptant un cadre en bois doré à l'or fin

Nos artisans d'exceptions

Nous collaborons avec des artisans de grande qualité qui nous accompagnent tous les jours dans notre activité de galeriste. Il nous tient à cœur de mettre en lumière ces entreprises spécialisées avec qui nous travaillons main dans la main depuis des années afin de vous garantir un niveau de service exceptionnel.

Nos encadreurs, les orfèvres du bois

L’entreprise Gault, fabricant français de cadres d’exception depuis plus d’un siècle, sélectionne pour nous des cadres aux matériaux nobles. Leurs encadrements valorisent les œuvres de nos plus grands maitres modernes, comme Hans HARTUNG, Georges MATHIEU ou encore André MARFAING.

Ils travaillent uniquement avec des matériaux de grande qualité :

  • Le tilleul, le chêne, le poirier pour la structure des cadres
  • L’or fin et le cuivre pour dorer les surfaces
  • Le Blanc de Meudon pour faire briller les apprêts

Plusieurs corps de métier aux techniques ancestrales interviennent tour à tour dans  le processus de fabrication des cadres : menuisier, sculpteur sur bois, ébéniste, apprêteur et doreur.

Le Lys de Provence est notre partenaire depuis 15 ans, ils façonnent des cadres aux lignes modernes avec lesquels nous aimons valoriser nos artistes contemporains : comme Michel Mousseau, Anna Nansky, ainsi que l’artiste Jean-Jacques Marie qui est représenté en exclusivité par la galerie.

Les cadres sont sélectionnés en fonction des particularités de chaque œuvre (taille, couleur, matière, contraste et lumière) afin de créer une harmonie d’ensemble. En fonction du sujet de l’œuvre nous pouvons choisir un cadre à moulure, une caisse américaine ou bien un cadre personnalisé pour faire ressortir l’originalité de la toile. Les cadres à moulure, plus classiques, conviennent généralement aux œuvres modernes tandis que les caisses américaines rehausseront, par leurs lignes plus épurées, les œuvres contemporaines.

L’Atelier du Tilio, un restaurateur d’expérience

L’Atelier du Tilio, installé à Mougins et dirigé par Aroma Collados, est spécialisé dans la restauration de tableaux, de cadres, de statues et de lithographies polychromes.

Aroma est un partenaire de confiance qui nous accompagne depuis plus de 30 ans et intervient sur les prestations suivantes :

  • Le rentoilage
  • Le nettoyage de toile
  • Le travail sur la couche picturale et les glacis
  • Le vernissage d’œuvre

MMCI, le transport dans les règles de l’art

Spécialiste du transport d’œuvres d’art, Mathez Art Logistics est situé à Monaco et à Paris. Ils prennent en charge nos demandes de transport dans toute la France et à l’international. Ils s’appuient sur un réseau d’agents dans 190 pays et sur la puissance du groupe de transport MATHEZ FREIGHT.

Ils répondent à nos besoins spécifiques liés à notre métier de marchand d’art :

  • l’emballage et la création de caisse sur mesure,
  • le transport sécurisé,
  • le dédouanement,
  • le stockage,
  • l’assurance d’œuvres de valeur.

Nous faisons appel à cette entreprise pour le transport de nos œuvres afin de livrer nos clients dans le monde entier.


Céline Fernandez

Forte d’une expérience de 14 ans dans le marketing et la communication, Céline a travaillé pour de grandes sociétés telles que le Public Système, le Groupe Galerie Lafayette et plusieurs agences de communications. Depuis 2 ans, elle gère la communication de la galerie à travers le site internet, les réseaux sociaux et les médias traditionnels.


Détresse Vaincue de Georges Mathieu rouge de 1986

Détresse Vaincue, la peinture au graphisme architecturé de Georges Mathieu

« Tous mes gestes s’enchaînent et je ne peux ni les expliquer ni les modérer. Ils ont pour aboutissement une sorte d’écriture inspirée, réalisée sans aucune préméditation »

Georges MATHIEU

Détresse Vaincue, datée de 1986, est une peinture au graphisme très architecturé, travaillée dans l’épaisseur de la matière, où Georges MATHIEU joue des contrastes de l’alkyde et de l’acrylique. Ici, pas de déflagration colorée mais un enchevêtrement de traits et de signes où les couleurs se mélangent et se superposent dans une œuvre construite comme un plan. Tout à fait typique de cette période qui suit le « Tournant Cosmique » de 1985, la composition, extrêmement fournie et énergique, n’est plus systématiquement placée au centre de la toile, dernier vestige du classicisme, mais se propage librement sur le fond et se permet même de le dépasser.

Un ensemble de signes blancs et rouges, très denses, en relation les uns avec les autres, passe sur ou sous les aplats noirs et bleus, et occupe les deux tiers de la toile. Comme le précise l’artiste, « les signes occultés en partie par des taches acquièrent une grandeur nouvelle ».

L’écriture s’étire jusqu’au bas du support où le fond rouge respire. L’épaisseur de la matière donne un côté sculptural à la peinture. Pas d’explosion des couleurs (seulement 4 utilisées ici) mais une énergie induite par la confrontation des signes fins aux aplats épais travaillés à la brosse.

Le graphisme suggère la vitesse de réalisation et l’on sent la liberté du geste de l’artiste qui s’est détaché de toute contrainte. Cette œuvre illustre parfaitement la définition de l’abstraction lyrique proposée par Mathieu qui doit répondre à 4 critères, bouleversant ainsi la théorie de la peinture pratiquée jusqu’alors :

1 – Primauté accordée à la vitesse d’exécution ;

2 – Aucune préexistence des formes ;

3 – Absence de préméditation des gestes ;

4 – Nécessité d’un état second de concentration.

Pour André Malraux, « la peinture tend bien moins à voir le monde qu’à en créer un autre »[1]. C’est exactement la pensée de Georges Mathieu : « Il ne s’agit plus de reproduire mais d’inventer. C’est à la fois exaltant et angoissant »

L’utilisation du rouge illustre parfaitement cette dualité entre exaltation et angoisse. Couleur chaude de la passion ou de l’enfer, la plus fascinante et la plus ambiguë qui soit, à la fois amour et sang, énergique et rassurante, le rouge remue les sentiments. Présente ici en aplat sur le fond ou appliquée en relief glacé directement du tube à la toile, la couleur rouge se distingue tout en se mêlant par endroit au blanc, au noir et au bleu ciel. Mathieu utilise ici deux couleurs primaires (rouge et bleu) qu’il confronte, oppose ou associe au blanc et au noir.

Si l’on s’appuie sur la théorie des couleurs proposée par Kandinsky[2], le bleu est propice à la méditation, le rouge incite à l’action et aux sentiments, et le violet, obtenu ici par un mélange des 4 teintes (bleu/rouge/blanc/noir) conduit à la réflexion.

Méditation, action, réflexion : quelle œuvre pourrait-être plus complète que celle-ci ? Tout est là, tout est dit, tout est ressenti et l’effet de la couleur sur l’âme défini par Kandinsky est indéniable.

Georges Mathieu et le marché de l’art

Si l’artiste a connu un immense succès dès les années 50 et a pu bénéficier de son vivant de nombreuses rétrospectives muséales, il a été aussi très critiqué et décrié notamment dans les années 1980 et 1990.

Voici deux ans, les galeries internationales Nahmad et Perrotin concluaient un accord exclusif avec la succession Georges Mathieu. Depuis, les résultats des ventes aux enchères ne cessent d’évoluer pour atteindre aujourd’hui des prix plus de trois fois supérieurs à ceux espérés à la fin des années 2010. Une progression fulgurante, notamment grâce à l’intérêt porté par le marché asiatique sur le travail des années 80 de Georges Mathieu. Deux œuvres de 1988 vendues ce mois-ci chez Phillips et Poly à Hong-Kong, qui étaient estimées autour de 150.000 €, ont réalisé des records en étant adjugées plus de 450.000 € avec les frais.

Alors reconnaissons que Georges Mathieu est un grand Maître et que ces dernières ventes viennent enfin récompenser un peintre à la hauteur de son talent.


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Maud Barral

Après une expérience de 15 ans passés aux côtés de Jean Ferrero, directeur de la galerie historique de l’École de Nice et des Nouveaux Réalistes, Maud a ensuite défendu la jeune création contemporaine durant 5 ans, au sein de sa propre galerie, avant de rejoindre l’équipe de la Galerie Hurtebize en 2015.


[1] André MALRAUX, Le Musée Imaginaire, Gallimard, Paris1965.

[2] Wassily KANDINSKY, Du Spirituel dans l’Art et dans la peinture en particulier, Denoël, Paris, 1989


Une terre de Roberto Matta de 1959

Une Terre de Roberto MATTA à la Galerie Hurtebize

Cette acquisition d’une toile de Roberto Matta est pour nous exceptionnelle à plusieurs titres.

Notre galerie est spécialisée dans l’Art Moderne et achète principalement les œuvres abstraites des années 50 à aujourd’hui (Georges Mathieu, Hans Hartung, Sam Francis…). Nous présentons et soutenons nos coups de cœur contemporains (Jean-Jacques Marie, Michel Mousseau, Catherine Thiry…) et parfois aussi quelques petits trésors post-impressionnistes (Renoir, Vlaminck, Utrillo…). Pour nous, toucher au plus près au Surréalisme avec une telle œuvre de Roberto Matta est une rareté à souligner.

La toile de Matta de 1959 que nous avons eu l’opportunité d’acquérir fait partie d’une série très limitée de peintures travaillées sur toile de jute (tissus récupérés qui, dans leur première vie, recouvraient les barques des pêcheurs) où la terre, et tout ce qui la compose et l’habite, est directement fixée à l’aide de colle ou résine. L’utilisation de ce matériau n’est pas anodine et a plusieurs sens pour Matta. Très engagé politiquement et convaincu, depuis sa rencontre avec Garcia Lorca dans les années 1930, que « la conscience politique est l’essence de l’activité créatrice »[1] , il considère que la terre, élément universel, est à tout le monde, depuis toujours et partout. Pour lui, après son séjour aux Etats-Unis et son dégout de l’American Way of Life, c’est un moyen de dénoncer le consumérisme et le capitalisme. Mais c’est aussi une matière organique brute, complexe et fragile, comme l’humain, qui vit, se craquèle, s’effrite ou se fige sans que l’on puisse la contrôler. La matière terre est un monde à elle seule, notre monde, dans toute sa complexité, sa beauté mais aussi avec ses contraintes et ses drames.

 « Dans ces tableaux faits de matière, il y a toutes les saveurs de la terre, le sable et l’eau et le volcan et les poussières d’étoiles, des clous, des cordes et des insectes »[2]  Ramuntcho Matta

La peinture de Matta, toujours dénonciatrice des machinations des pouvoirs et des tyrannies, où il représente les tensions de l’homme en société, va d’ailleurs devenir une référence et une source d’inspiration pour les artistes de la « figuration narrative » (Fromanger, Seguí, Malaval, Arroyo, Erró, etc.) après avoir impressionné Marcel Duchamp et marqué les jeunes américains, tels Robert Motherwell ou Jackson Pollock, auxquels il conseille :

« Plutôt que peindre ce que vous voyez, sortez la toile du chevalet et mettez-la à terre. Là, vous pourrez peindre ce que vous ressentez car vous ne serez plus spectateur mais bien au centre des énergies »[3]

Comme sur ses œuvres à l’huile, Roberto Matta part d’une tâche, d’une éclaboussure pour former sa composition et développer sa réflexion. Ici, un unique personnage central, peint d’un épais trait noir, forme simple mais énigmatique, primitive, mi-abstraite mi-figurative, particulièrement vivante et mouvementée. La force de ce seul tracé et la texture épaisse et irrégulière de la matière nous placent face à une œuvre narrative qui éveille notre cerveau et nous amène à de nombreux questionnements. Non, l’œuvre de Matta ne peut être simplement contemplée mais induit des interrogations sur nous-mêmes, sur l’homme en général et son rapport aux mondes, réel et spirituel.

« L’ART c’est dire clairement des sentiments humains qu’on découvre dans le monde, qu’on invente pour élargir l’humain – sincèrement -. L’artiste est un inventeur d’humain, détecte l’humain là où on n’aurait jamais songé qu’il y avait quelque chose qu’il pouvait réunir, relier, faire circuler dans la vie d’homme à homme »[4]

« Je ne suis pas un peintre, je suis un montreur »

Peintre, sculpteur, théoricien, philosophe, né en 1911 au Chili, Matta a une vingtaine d’années quand il s’installe à Paris, où il travaille avec Le Corbusier puis sera introduit dans le cercle des Surréalistes par André Breton. Il partira rejoindre les principaux membres du groupe à New-York pendant la guerre avant son retour en Europe où il vivra entre la France et l’Italie tout en voyageant régulièrement autour du monde.

Son œuvre suit le principe des surréalistes en se référant à un modèle purement intérieur et en partant de l’accident de la tâche, procédé comparable à celui de l’écriture automatique. Il peint ses « Morphologies Psychologiques », puis des paysages « chaocosmiques » dans les années 40 où il nous conduit dans un univers imaginaire, coloré mais en tension, un cosmos construit voir architecturé d’où l’humain est absent. Ses figures mi-hommes mi-monstres, à la fois personnages de science-fiction et images primitives, viendront habiter ses œuvres dès son retour de New-York en 1948 et ne les quitteront plus.

Selon André Breton « Son monde, hors des réalités vécues, nous promène parmi des immensités irrationnelles qui nous semblent pourtant familières par leur rappel d’états de rêves ».

En 1954, il va travailler la céramique en Italie et commencera à utiliser la terre en peinture puis réalisera une seconde série de « tableaux en terre » à Cuba dans les années 60 et une autre en 1971, toujours liées à cette figure qu’il nommera « Morphologie Historique ».

Il sera soutenu par d’importantes galeries et institutions internationales dès la fin des années 50  (rétrospectives à New-York en 1957 et à Stockholm en 1959) et son œuvre est aujourd’hui présente dans tous les plus grands musées d’Art Moderne.

A Berlin, le Statliche Museen a dans ses collections « Mal de Terre » peinte en 1962. Le Centre Pompidou possède 12 peintures, parmi de nombreux dessins et estampes, dont deux, datées de 1961 et 1963, sont aussi à rapprocher de la nôtre. On y reconnait l’anthropomorphisme de son personnage dans sa forme la plus primitive, traité au moyen de terre ou sable pris directement au sol et fixés sur toile de jute.

Si des cycles ou séries sont repérables dans l’œuvre de Roberto Matta, une permanence formelle et spatiale est indéniable et, d’un tableau à l’autre, qu’il travaille un mythe ou dénonce une situation politique, ses formes se retrouvent dans un nouveau contexte pour servir une nouvelle pensée.


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Maud Barral

Après une expérience de 15 ans passés aux côtés de Jean Ferrero, directeur de la galerie historique de l’École de Nice et des Nouveaux Réalistes, Maud a ensuite défendu la jeune création contemporaine durant 5 ans, au sein de sa propre galerie, avant de rejoindre l’équipe de la Galerie Hurtebize en 2015.


[1] Roberto MATTA – Alain JOUFFROY, Correspondance 1952-1960, éd. Arteos-Galerie Diane de Polignac, Paris 2018, p.224

[2] Op.cit. p.232

[3] Op. cit. p.234

[4] Op. cit. p.44


Serge POLIAKOFF : une abstraction à la géométrie libre

« Poliakoff ne prouve qu’une chose, c’est qu’il est l’un des plus puissants, des plus parfaits, des plus admirables peintres abstraits de notre époque (…) C’est de la peinture saine, instinctive, pure comme de l’eau de source »
Henri Kerels, « La Lanterne de Bruxelles », 1953

Artiste d’origine russe naturalisé français, né en 1900, lié à l’Ecole de Paris et aux mouvements abstraits de l’après-guerre, Sergueï Poliakoff suit déjà des cours de dessin à Moscou en 1914 et vit une adolescence dans l’aristocratie russe baignée de culture : musique, littérature et iconographie religieuse dont il cherchera à retranscrire l’émotion ressentie dans sa peinture. Il fuit la révolution en 1917 et, après quelques années à Constantinople, où il se perfectionne à la guitare (qui sera son moyen de subsistance jusqu’aux années 1950), suivies d’un tour d’Europe, il s’installe à Paris en 1923 puis séjourne à Londres en 1935 où il découvre l’abstraction.

De retour à Paris, il fréquente Kandinsky, Otto Freundlich et le couple Sonia et Robert Delaunay qui, par leur théorie du contraste simultané des couleurs, vont le guider vers sa propre voie au sein des mouvements abstraits qui se développent à cette époque. C’est en 1945 qu’une première exposition sera dédiée à ses œuvres non figuratives, suivie de nombreuses autres où il est entouré de Hartung, Domella, Herbin, Marie Raymond, Dewasne, Deyrolle, dans les galeries devenues mythiques que sont Dina Verny et Denise René.

Dès le début des années 50, le succès est au rendez-vous, de nombreux collectionneurs s’intéressent à lui et les institutions le soutiennent. Il peut alors abandonner la guitare et se consacrer enfin pleinement à la peinture, grâce notamment à un contrat avec la galerie Bing. Il restera un lien fort entre musique et peinture chez Serge Poliakoff : l’harmonie, notion à la fois musicale et picturale, concorde avec les différentes parties d’un tout.

En 1952, il découvre l’œuvre de Malévitch « Carré blanc sur fond blanc » qui produit un réel choc dans son esprit créatif. Comme tous les artistes de l’abstraction intégrale, Poliakoff explore les relations entre la ligne et la surface, le fond et la forme, la couleur et la lumière. Mais si la couleur est déjà au centre de son travail, il réalise alors l’importance de la matière, de la texture dans la recherche de la vibration, de la vie de la peinture.

« La couleur ou la tonalité de la couleur n’importent pas, seule importe la qualité de la couleur »
Serge Poliakoff

L’art de la gouache

Dès lors, les expositions personnelles s’enchaînent en France mais aussi dans toute l’Europe, aux Etats-Unis et au Japon. En 1957, un premier évènement consacré exclusivement à ses gouaches est organisée à Paris par Hans Berggruen.

Poliakoff a toujours travaillé sur papier, comme la plupart des peintres, mais pour lui contrairement aux autres, la gouache ne constitue pas un exercice préparatoire à la réalisation d’une peinture mais bien une œuvre en elle-même, complète, intégrale. Hartung par exemple pratiquait la technique du carreau et ses dessins étaient destinés à être reproduits très précisément sur toile ou panneau. Serge Poliakoff ne considère par le dessin comme une étude mais bien comme un aboutissement. Il ne reproduira pas ses gouaches en grand format mais elles auront une influence certaine sur l’évolution de son style et de sa technique.

L’art de la gouache est pour l’artiste un terrain d’expérimentation qui lui permet de jouer, plus encore que dans sa peinture, des effets matièrés dans les oppositions des complémentaires par ses grands aplats colorés à la géométrie libre. Poliakoff aime travailler sur des formats plutôt petits, le papier lui convient bien, et utilise les pigments purs plutôt que la peinture en tubes qui lui permettent d’inventer ses propres tons, leur rendu et leur luminosité. La texture et le chromatisme obtenu par la superposition des couleurs dans le travail des gouaches vont lui permettre de faire évoluer sa peinture et annonce l’inflexion que va prendre celle-ci dès les années 60.

Sur le papier, son infinie recherche de l’équilibre parfait des formes qui s’interpénètrent, se répondent et s’animent par le biais des couleurs traitées en transparence ou en profondeur, peut atteindre son but.

« Chaque forme, pour lui, implique un travail sur la couleur et chaque couleur est indissociable de cette forme. » 
Michel Ragon

Un artiste intemporel et indépendant

L’apparente unité formelle de ses oeuvres dissimule en réalité une multiplicité de solutions picturales. Les couleurs concentrées, la vibration de la matière, tout comme l’agencement savant des formes qui s’équilibrent dans une tension énergique contenue, jouent ensemble un rôle capital. C’est la peinture d’un contemplateur, d’un artiste intemporel et indépendant. Il se tient en dehors des groupes et mouvements, à la recherche de son expression personnelle. Il a réussi à imposer sa propre géométrie en ayant recourt aux formes primaires (la pierre cassée) en se basant sur la divine proportion du nombre d’or. Serge Poliakoff n’a pas cherché la nouveauté dans sa peinture, mais l’éternité, faisant de ses tableaux de véritables images divines, des icônes de l’art moderne.

 

« C’est une peinture abstraite chaude, intelligente et humaine. Et celui qui pénètre cette peinture peut-être profondément heureux. et moi elle me rendait heureuse »
Dina Vierny

 

Faut-il chercher à comprendre la peinture de Poliakoff ? Peut-être pas, juste la contempler et se laisser captiver, bercer par ses vibrations et emporter par sa vitalité.


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Maud Barral

Après une expérience de 15 ans passés aux côtés de Jean Ferrero, directeur de la galerie historique de l’École de Nice et des Nouveaux Réalistes, Maud a ensuite défendu la jeune création contemporaine durant 5 ans, au sein de sa propre galerie, avant de rejoindre l’équipe de la Galerie Hurtebize en 2015.


Huile sur de toile de Jean Miotte de circa 1955-60

Jean MIOTTE, peintre du mouvement

Né en 1926 à Paris, Jean Miotte ne se destinait pas à une carrière de peintre. C’est pendant la guerre qu’il est amené à prendre les pinceaux afin d’orner les murs d’une caserne à la demande de ses supérieurs. Puis, immobilisé par une longue hospitalisation, il commence réellement à peindre en 1945. Alors figuratif, même si déjà le trait tend à la rapidité plus qu’à la recherche de la représentation parfaite, il visite autant d’expositions qu’il le peut et fréquente les ateliers et artistes de l’avant-garde réunis à Paris venant de divers horizons : de Zadkine à Severini en passant par Sam Francis, il se dirige vers l’abstraction dès la fin des années 40 pour trouver réellement sa voie en 1950.

Ce qui l’intéresse, c’est le mouvement. Très influencé par les univers de la danse et du jazz, il trouvera son propre style par une chorégraphie, une construction de formes qu’il obtiendra d’un geste à la fois spontané et savant, quasi instinctif mais hautement médité, très proche de l’art japonais issu du zen et par la vibration qu’il trouvera dans l’utilisation des couleurs confrontées au noir. Il concentre sur l’espace de la toile des formes chromatiques mouvementées, fulgurantes et maîtrisées et cherche à créer un univers, un cosmos intime de ses propres sensations. Chez Miotte, comme le souligne Marcelin Pleynet, le vécu l’emporte sur le savoir[1].

 

« … à 30 ans il est déjà en pleine disposition de moyens qui ne sont qu’à lui, et la fin des années cinquante et le début des années soixante vont voir naître un prodigieux ensemble de peintures »[2]

L’œuvre que nous vous présentons ici, datée 1955-1960, est tout à fait emblématique des recherches picturales de l’artiste à cette période charnière de sa carrière.

Traitée à l’huile (qu’il abandonnera pour l’acrylique dans les années 1970), travaillée dans la texture de la peinture comme il a pu le faire avec le goudron quelques années plus tôt, cette toile illustre parfaitement la prédilection de l’artiste pour les couleurs et pour le geste.

Si le noir domine ici encore comme dans les œuvres antérieures, le blanc et sa lumière trouvent une place prépondérante. Ajouté par petites touches épaisses par-dessus le noir, le blanc crée des ouvertures et se confond en certains endroits au fond de la toile resté brut.

La palette chromatique est très étendue avec une présence forte des couleurs primaires mais également des complémentaires aux tons chauds qui apparaissent dans le fond et se mêlent au noir. Miotte passe de l’utilisation du pinceau-brosse en aplats quasi-géométriques (rouges, bruns et gris) à une trace fine et ronde tout en arabesque du jaune, appliquée d’un geste lyrique qui donne vie et vibrations à l’œuvre. Il s’inspire des recherches de Léger, Delaunay et plus encore Matisse dans sa volonté de « libérer la couleur ». Il est aisé ici de sentir l’envolée de la main de l’artiste qui créé une abstraction chaude, exubérante et généreuse.

Le traitement de l’espace est également particulier à l’œuvre de Jean Miotte : les couleurs semblent aller au-delà de la toile, sans limite, donnant ainsi une impression d’ouverture et de continuité alors même que le support est d’un format moyen. D’ailleurs, d’année en année, l’artiste travaillera sur des toiles de plus en plus grandes afin d’élargir encore l’étendue de son geste devenu écriture. Comme l’exprimera Emile Bernard suite à ses nombreuses conversations avec Vincent van Gogh : « Nous avions formé ce projet de dessiner comme on écrit et avec la même facilité que le feraient un Hokusaï ou un Outamaro ». Le mouvement, le signe, le geste doivent se faire et se maitriser dans le but d’atteindre à l’automaticité de la peinture, comme celle de l’écriture si chère aux Surréalistes. C’est également la conviction de Jean Miotte : la peinture est un geste que l’on porte en soi par lequel l’artiste donne corps à ses sensations, ses émotions.


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Maud Barral

Après une expérience de 15 ans passés aux côtés de Jean Ferrero, directeur de la galerie historique de l’École de Nice et des Nouveaux Réalistes, Maud a ensuite défendu la jeune création contemporaine durant 5 ans, au sein de sa propre galerie, avant de rejoindre l’équipe de la Galerie Hurtebize en 2015.


[1] MIOTTE, Marcelin Pleynet, édition Cercle d’Art Paris 1993, p.14

[2] Op. cit. p.19


Huile sur toile de 1963 d'André Marfaing

André MARFAING, Déc-63-27, 1963

« Les autres disent que je peins en noir et blanc, ne voient-ils pas autre chose ? »

Si André Marfaing se limite quasiment exclusivement, dès la fin des années 50, à l’utilisation du noir et du blanc dans sa peinture, cette œuvre typique des années 60, période définie par l’artiste comme « abstraite et matière », nous prouve que bien d’autres choses sont à voir, des découvertes sont à faire et des émotions à ressentir à travers la peinture de cet artiste au caractère indépendant et totalement habité par son art.

Encore faut-il se plonger dans l’œuvre, laisser le silence s’installer et le temps s’étirer, tâcher d’atteindre un état quasi méditatif pour être touché par la pureté et l’énergie de cet artiste ascète, sauvage presque, à l’esprit tourmenté et au parcours solitaire et semé de doutes. Les œuvres de cette époque sont marquées par la spontanéité du mouvement, le foisonnement de signes rapides, impulsifs, puissants qui peuvent s’apparenter à une écriture, une calligraphie et s’inclure dans le mouvement de l’abstraction lyrique. Progressivement, dès le début des années 70, les œuvres deviendront plus méditatives, minimales, ascétiques et architecturées ; le geste est contenu, dompté et l’huile est abandonnée au profit de l’acrylique travaillée en aplats.

Cette huile sur toile de 1963 est travaillée dans l’épaisseur de la peinture et l’on sent au premier regard l’énergie et la spontanéité d’un geste fort et juste. L’artiste utilise différents pinceaux, plus ou moins épais, ses doigts directement aussi dans la matière pour construire ce duel lumière/ténèbres et exprimer ainsi sa réalité intérieure par une peinture sensorielle et poétique.

Alors, ne voit-on que du noir et du blanc dans l’œuvre d’André Marfaing ? Non bien sûr si nous laissons notre propre imagination faire son chemin. Les termes de cascade, paysagisme abstrait, gorges, failles, blocs… sont souvent employés par les spécialistes pour décrire les œuvres de cette période.

« J’ai été heureux de voir comment une promenade faite sur une falaise pouvait être traduite sans qu’il fût question de la falaise… »

Ici, certains pourront se sentir immergés dans un univers aquatique nocturne tumultueux, une plongée en eau trouble. D’autres s’élèveront vers des cieux orageux où l’éclair devient noir et le centre du typhon lumière. Quelques-uns encore pourront se promener sur des chemins sinueux, tortueux, emmêlés ou se laisser happer par l’harmonie des espaces blancs et gris.

« Le noir et le blanc me semblent avoir le caractère de simplicité, d’absolu et de rigueur qui me convient »

Si, d’après Edmond Jadès « la lumière est derrière. (…). Marfaing peint sur la lumière », ici, la lumière est partout ! Le fond du tableau est traité en blanc et gris et le blanc revient au centre, sur le noir, dans un jeu de transparence si cher à l’artiste. Le noir est la sève, la chair, l’héritage de la peinture. Il est capteur de lumière et porte en lui toutes les couleurs du prisme. Le gris adoucit le passage du noir au blanc sans amoindrir la puissance de la peinture et le blanc ouvre des éclats, des lueurs, des fenêtres.

Chaque œuvre de Marfaing est un monde, un acte d’absolue liberté qui nous fascine et nous emporte dans un voyage personnel vers la sérénité.


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Maud Barral

Après une expérience de 15 ans passés aux côtés de Jean Ferrero, directeur de la galerie historique de l’École de Nice et des Nouveaux Réalistes, Maud a ensuite défendu la jeune création contemporaine durant 5 ans, au sein de sa propre galerie, avant de rejoindre l’équipe de la Galerie Hurtebize en 2015.


Huile sur toile le Mytilène de Georges Mathieu

L’œuvre sérielle de Georges Mathieu

Les années 1970

« … dans les années 1970, le peintre s’est fait graphiste, architecte et designer, et même académicien, sans rien perdre de sa verve » Domino – Les Journal des Arts – 19 juin 2021

En 1976, Georges MATHIEU, artiste hyperactif et prolifique, devient académicien, peint 85 tableaux, écrit de nombreux articles pour Le Monde, The Times, Die Welt, La Stampa…, participe à plusieurs émissions radiophoniques et télévisuelles, et a en parallèle une activité très intense dans le domaine des Art Appliqués : bouteille de champagne, médailles, bons du trésor, porcelaines… Cette période extrêmement féconde l’ouvre à de nouvelles expériences artistiques mues par le désir de rendre l’art accessible au plus grand nombre.

L’artiste a souvent travaillé par séries : les Batailles, les Mégapoles, les Hommages… La toile dont nous parlons ici fait partie d’une suite de 20 tableaux peints pour son exposition personnelle à la Galerie Dominion de Montréal, plus grande et prestigieuse galerie du Canada. Nous n’avons retrouvé ni article, ni catalogue ou film de cet événement mais toutes les œuvres sont reproduites dans le livre référence « Mathieu, 50 ans de création » (éd. Hervas, Paris 2003, pp.272-273). A la lecture des titres attribués à chaque œuvre, la série devient claire : toutes portent des noms de villes ou d’îles grecques et crétoises.

Le style est typique des années 70 : un graphisme raide, très architecturé et rigoureux, sur un fond travaillé tout en nuances de manière à ce qu’il ne s’efface pas derrière le trait mais qu’il prenne pleine place dans la composition globale.

La couleur est toujours prépondérante, dans le contraste et l’éclat, et joue son rôle de premier plan dans un réseau de « supersignes » enchevêtrés dans l’épaisseur de la matière, mais elle permet également de ranimer le fond par un traitement à la fois vaporeux et soutenu. La figure est fortement concentrée sur la douceur évanescente du fond rose au cœur clair qui s’assombrit vers le brun en approchant des bords de la toile.

Stylisation abstraco-figurative

En 1967, Georges Mathieu réalise une série d’une vingtaine d’affiches pour Air France, chacune devant figurer un pays. Bien sûr, en faisant appel à un artiste abstrait, le plus lyrique de surcroit, la compagnie aérienne savait ne pas devoir s’attendre à une représentation figurative des états. Pourtant, Georges Mathieu a su trouver pour chacun un graphisme particulier, des couleurs dédiées, une gestuelle appropriée qui nous permettent de « reconnaître » le pays concerné par une simple évocation fine de l’artiste. Edouard Lombard parle ici de « stylisation abstraco-figurative ».

Observons :

En 1976, Georges MATHIEU, artiste hyperactif et prolifique, devient académicien, peint 85 tableaux, écrit de nombreux articles pour Le Monde, The Times, Die Welt, La Stampa…, participe à plusieurs émissions radiophoniques et télévisuelles, et a en parallèle une activité très intense dans le domaine des Art Appliqués : bouteille de champagne, médailles, bons du trésor, porcelaines… Cette période extrêmement féconde l’ouvre à de nouvelles expériences artistiques mues par le désir de rendre l’art accessible au plus grand nombre.

L’artiste a souvent travaillé par séries : les Batailles, les Mégapoles, les Hommages… La toile dont nous parlons ici fait partie d’une suite de 20 tableaux peints pour son exposition personnelle à la Galerie Dominion de Montréal, plus grande et prestigieuse galerie du Canada. Nous n’avons retrouvé ni article, ni catalogue ou film de cet événement mais toutes les œuvres sont reproduites dans le livre référence « Mathieu, 50 ans de création » (éd. Hervas, Paris 2003, pp.272-273). A la lecture des titres attribués à chaque œuvre, la série devient claire : toutes portent des noms de villes ou d’îles grecques et crétoises.

Le style est typique des années 70 : un graphisme raide, très architecturé et rigoureux, sur un fond travaillé tout en nuances de manière à ce qu’il ne s’efface pas derrière le trait mais qu’il prenne pleine place dans la composition globale.

La couleur est toujours prépondérante, dans le contraste et l’éclat, et joue son rôle de premier plan dans un réseau de « supersignes » enchevêtrés dans l’épaisseur de la matière, mais elle permet également de ranimer le fond par un traitement à la fois vaporeux et soutenu. La figure est fortement concentrée sur la douceur évanescente du fond rose au cœur clair qui s’assombrit vers le brun en approchant des bords de la toile.

Stylisation abstraco-figurative

En 1967, Georges Mathieu réalise une série d’une vingtaine d’affiches pour Air France, chacune devant figurer un pays. Bien sûr, en faisant appel à un artiste abstrait, le plus lyrique de surcroit, la compagnie aérienne savait ne pas devoir s’attendre à une représentation figurative des états. Pourtant, Georges Mathieu a su trouver pour chacun un graphisme particulier, des couleurs dédiées, une gestuelle appropriée qui nous permettent de « reconnaître » le pays concerné par une simple évocation fine de l’artiste. Edouard Lombard parle ici de « stylisation abstraco-figurative ».

Observons :

Voici les mots de l’artiste qui nous dévoile ses inspirations pour chacune des affiches ci-dessus reproduites :

« USA : Le dynamisme infernal. Le métal, le fer, l’acier. Des orientations implacables. Des conduites parallèles, des forces parallèles, des motivations parallèles, l’efficacité efficace. Un élan irrépressible. L’avenir gigantesque. »

« Grande-Bretagne : Le folklore dans toute son évidence, les chamarrures, les broderies, les armoiries, la pompe. Un art d’exprimer sa singularité sous le couvert du conformisme. Le rouge des uniformes, des autobus. Les barrières, les séparations, les clans. La rigueur, le respect, le noir ».

« Grèce : un idéal limité à l’anthropomorhisme. L’esprit réduit à deux dimensions : la raison et les sens. Le Cosmos ramené à la mesure de l’homme. Telle m’apparaît la Grèce dont le ciel n’est guère plus haut que les colonnes. En revanche il est bleu. »

Et s’il avait suivi ce même principe de travail pour cette série de toiles sur les sites grecs et crétois ? Nous nous donnons la liberté de le croire ! Ne disposant d’aucun support ou information, outre les photographies des œuvres de cette exposition à Montréal, nous avons décidé de partir (virtuellement, surtout en période de pandémie…) en Grèce et en Crète afin d’observer les lieux retenus par l’artiste : Mytilène, Olympie, Kyllini, Lato, Knossos, Ghythion…

Observons pour exemple 3 toiles de cette série:

Knossos

Lano

Mytilène

Comparons avec ce que l’on peut trouver concernant ces villes :

Palais de Knossos

Vertiges de Lato

Église orthodoxe de Mytilène

Alors oui, personnellement, je vois dans « Knossos » le plan du Palais que l’on visite aujourd’hui en se perdant dans le dédale des vestiges. Dans « Lato », l’artiste représente une grande arabesque qui pourrait tout à fait figurer le théâtre antique que l’on observe sur la partie gauche de la photo ci-dessus.

Et concernant Mytilène, suis-je seule à reconnaître nettement le dôme blanc de l’église grecque orthodoxe d’Agios Therapontas surmontée de sa croix dans l’œuvre de Mathieu ?

Elle est bien là, tapie derrière les énergiques lignes rouges, noires et pourpres, blanche, immaculée, à la fois discrète et imposante. Sa présence irradie malgré la légèreté et la clarté du trait, vaporeux, contrasté par l’épaisseur et la raideur de la composition énergique du premier plan. Bien sûr, nous ne sommes pas dans une représentation figurative de Mytilène, loin s’en faut ! Le sujet est traité à la manière de Mathieu, dont le signe précède toujours la signification, qui se fie à son intuition et en appel à la spiritualité, à la spontanéité du geste alternativement sinueux et strict, aux formes libres et élégantes qu’il maîtrise parfaitement afin de créer son anagogie du paysage étudié.

Si Georges Mathieu diversifie ses activités créatrices dans les années 70, la peinture reste le cœur de son travail. Vitesse, improvisation, concentration, rapport figure/fond restent les maîtres-mots de son œuvre, quel que soit le support choisi. Cette décennie sera l’apothéose de ses recherches vers un but unique : l’accès de tous à une sensibilité esthétique.

« Tenter de faire passer l’affectivité, la beauté, l’imagination et la poésie avec la raison dans l’intelligence pour promouvoir celle-ci à sa plénitude » G.MATHIEU, « Désormais seul face à Dieu », éd.L’Age d’Homme, Lausanne 1998, p.86


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Maud Barral

Après une expérience de 15 ans passés aux côtés de Jean Ferrero, directeur de la galerie historique de l’École de Nice et des Nouveaux Réalistes, Maud a ensuite défendu la jeune création contemporaine durant 5 ans, au sein de sa propre galerie, avant de rejoindre l’équipe de la Galerie Hurtebize en 2015.


Bannière de la Brafa édition 2021

BRAFA in the Galleries, ça se passe à Cannes, à la Galerie Hurtebize, du 27 au 31 janvier 2021 !

Pour son édition 2021, la BRAFA, s’invite au cœur des galeries, en raison de l’impossibilité physique de réunion liée à l’épidémie de Covid-19.

Cette année, les visiteurs émerveillés ne fouleront pas le sol bruxellois de l’imposant bâtiment de brique Tour&Taxis qui accueille normalement tous les ans l’événement, ouvrant le bal de la saison des foires internationales dès le mois janvier (1).

Ce salon à la réputation montante figure aujourd’hui parmi les 5 foires les plus prestigieuses du monde, où se pressent les galeries de toutes origines et de toutes spécialités, de l’art contemporain aux antiquités, en passant par les meubles anciens et les tableaux modernes.

Au total, ce sont près de 125 marchands d’art triés sur le volet qui exposent des œuvres d’une qualité muséale – contrôlées en amont par l’organisation et de nombreux experts – et qui ont fait de cette manifestation un rendez-vous incontournable pour les amateurs avisés.

Ces derniers sont en général autour de 65.000 à pousser les portes de la foire, un chiffre qui ne cesse d’augmenter. Il fallait un événement de l’ampleur de la pandémie actuelle pour freiner cette progression exponentielle depuis 1956, date de création de la BRAFA.

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Une édition virtuelle originale

Cette 66ème édition sera donc virtuelle, et comme l’indique la direction, elle forme « une alternative originale proposée en lieu et place de l’édition de la BRAFA à Tour&Taxis, reportée à janvier 2022 ».(2)

Les exposants sélectionnés pour la session 2021 pourront donc mettre en avant sur le site de la BRAFA un choix d’œuvres rares, et l’organisation se propose même de publier des vidéos mettant en scène les équipes au sein de leur propre galerie, dans une présentation de la sélection initialement réunie pour être exposée sur les stands de la foire bruxelloise.

Le comité explique : « pour ceux et celles qui ne pourraient se rendre en galeries, nous vous invitons à visiter sur notre website la page dédicacée à chaque exposant, afin d’y retrouver les photos et descriptifs des plus beaux objets présentés, toutes les informations utiles ainsi que parfois, une vidéo personnalisée spécialement créé pour l’occasion. De nouveaux objets seront mis en ligne le mercredi 27 janvier 2021! »(3)

La Galerie Hurtebize et BRAFA in the Galleries

Comme chaque année, la Galerie Hurtebize participe à ce rendez-vous artistique de prestige. Elle vous propose pour cette édition virtuelle une sélection d’œuvres réalisées par des peintres emblématiques de la période dont elle est spécialiste, l’abstraction d’après-guerre, à retrouver en ligne ici.

Comme le précise le comité, de nouvelles œuvres seront mises en ligne dès le début officiel de la foire, le 27 janvier… restez connectés ! 

Dominique Hurtebize et son équipe ont réuni des travaux d’artistes tels que Hans Hartung, Georges Mathieu, André Marfaing, Chu Teh Chun, Sam Francis ainsi que d’autres maîtres de l’abstraction lyrique, mais également des œuvres de Bernard Buffet et autres peintres figuratifs de la période.

Vous retrouverez aussi, parmi une sélection d’œuvres majeures, une étonnante encre de Joan Miró.

Pour en avoir un aperçu, retrouvez la vidéo de la Galerie Hurtebize ici.

La Galerie Hurtebize vous propose un accrochage qui réunit toutes ces œuvres d’une rare qualité, initialement choisies pour être exposées à l’occasion de la BRAFA.

Vous êtes les bienvenus dans ce « stand » recréé de toutes pièces au sein de notre espace d’exposition pour l’édition « BRAFA in the Galleries 2021», à Cannes, du 27 au 31 janvier inclus.

Nous vous attendons nombreux à Cannes et vous invitons à découvrir notre page dédiée sur le site de la BRAFA pour participer depuis chez vous à cette foire d’envergure internationale !

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(1) Pour plus d’informations sur le salon, voir l’article https://galerie-hurtebize.com/brafa-art-fair-2020/

(2) et (3) https://www.brafa.art/fr/information


Bannière de la Brafa édition 2021

BRAFA Art Fair - Du 27.01 au 31.01 2021

BRAFA ÉDITION SPÉCIALE “IN THE GALLERIES” 2021

Du 27.01 au 31.01.2021

LIEU
Galerie Hurtebize
17, La Croisette
06400 CANNES
FRANCE

Notre espace virtuel : https://www.brafa.art/fr/exhibitor-detail/418/galerie-hurtebize

 

OUVERTURE AU PUBLIC
De 10h à 18h du 27 au 31 janvier

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