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Georges Mathieu : Enfin un calligraphe occidental !

La peinture selon Georges Mathieu a été remise à l’honneur par les plus grandes galeries internationales ces dernières années.

Pionnier de ce qu’il nomma lui-même « l’Abstraction Lyrique », Mathieu est un personnage fantaisiste et tempétueux qui engagea sa vie et ses passions au service du pinceau.

Artiste libre et autodidacte, il a marqué de sa calligraphie si reconnaissable l’Histoire de l’Art Moderne, et est défendu par de nombreuses galeries, dont la Galerie Hurtebize depuis plus de 10 ans.

Retour sur ce personnage à la fois caractériel et génial.

Georges Mathieu est un artiste résolument novateur. L’ancien conservateur du musée du Louvre, historien d’art et psychologue René Huygue explique la démarche du peintre abstrait, qui se focalise sur l’énergie et les instincts qui l’animent : « Mathieu essaie, brisant toutes les coquilles, brisant toutes les scléroses, bousculant les théories, de jeter un espace vierge qu’il a créé, le flux de l’énergie, une énergie vitale. C’est par là que l’art de Mathieu me paraît un de ces signes de notre temps auxquels il faut, dans l’art, prêter attention parce qu’ils nous annoncent le futur. »[1] Et force est de constater que l’art abstrait prôné par le peintre est l’un des courants les plus suivis du XXème siècle.

Le style de Georges Mathieu est en effet unique. A l’instar de quelques autres figures – Hans Hartung, Pierre Soulages, Gérard Schneider, il indique la voie à toute une génération de peintres. L’artiste propose un art de l’écriture qui traduit ses sensations intérieures. C’est ainsi qu’Yves Rescalat inaugure le volume dédié à la peinture du maître : « La révolution de l’Abstraction lyrique est à la mesure de son créateur : incommensurable. L’indicible n’a plus de raison d’être. Il se fait signe, explose sous nos yeux quand surgit la poésie lyrique de ce grand ordonnateur. La peinture apparaît débarrassée de sa gangue, et les secrets s’envolent. »[2] C’est au cœur de sa gestuelle lyrique que se dévoilent sur la toile les instincts, les envies, les émois du peintre, qui traduisent la quintessence de la vie intime de l’Homme.

Le lyrisme de Mathieu est véritablement lié à la musicalité. Comme le souligne le galeriste Patrice Trigano, Georges Mathieu écrit en état de transe, cherchant le geste juste : « L’abstraction lyrique suivant Mathieu était un art du rattrapage et la recherche de l’exaltation dans l’acte de peindre était dans son cas poussée très loin. Il lui était arrivé de peindre en public dans des états proches de la transe, accompagné par des musiciens de jazz. Toute la difficulté résidait dans le fait de savoir s’arrêter au bon moment et faisait passer le tableau d’état de chef-d’œuvre à celui de rencontre de signes dépourvus de sens et de tout intérêt plastique. »[3] La peinture abstraite est donc le témoignage de la rythmique qui prend et emporte l’artiste loin des zones de la conscience.

Georges Mathieu est, comme le laisse suggérer Trigano, le premier « performer » : dès 1954, il se fait filmer par la télévision qui diffuse en direct ses moments de création, de transe, ouverts au public. Sa grande moustache et son attitude du duelliste face à la toile le rendent immensément célèbre, notamment auprès du ministre de la culture André Malraux qui s’exclamera « Enfin un calligraphe occidental ! »[4]

Et pour cause ! D’autres artistes abstraits de la période, comme Jean Miotte, dont les œuvres figurent aux côtés de celles de Mathieu sur les cimaises de la galerie Hurtebize, étaient férus de danse et de jazz, et ont eux aussi peint avec une rythmique issue de l’univers musical, légitimant tout à fait la notion d’« abstraction lyrique » inventée par Georges Mathieu. Mais seul ce dernier, influencé par les philosophes de la période, a conçu une œuvre basée sur l’écriture.

Georges Mathieu a commencé la peinture après des études de droit et de philosophie. L’empreinte laissée par les existentialistes dont la pensée est alors très diffusée en France est sensible dans l’œuvre du maître abstrait. « Le discours de Mathieu était très intéressant. Il disait, en appliquant à la peinture l’idée des philosophes existentialistes qui prétendent que l’existence précède l’essence, que le signe précède la signification »[1] explique Trigano à ce sujet. Son art est donc un travail discursif, rempli de signes qui doivent s’écrire d’abord et révéler leur signification en un second temps. C’est là toute la liberté de l’artiste, véritable démiurge de son propre discours, comme chaque homme, selon Jean-Paul Sartre, jeté dans la déréliction du monde, est démiurge de sa propre vie, confronté à une liberté paralysante dont il faut se satisfaire pour créer sa propre voie. Si le but de Mathieu est de montrer la quintessence de l’Homme à travers sa propre spontanéité créatrice, ses titres évoquant des faits historiques mettent en avant la marche de l’Histoire, peuplée de personnages qui ont su prendre en main leur destin et accomplir, chacun à sa manière, une vie intense. Ainsi, ces hommes du passé, – admirés par un Georges Mathieu aux tendances monarchistes, tout comme l’artiste lui-même au moment où il peint, incarnent la vigueur des émotions qui traversent la vie de tout un chacun au moment où il choisit d’exister par lui-même. Et cette conception de la vie ne laisse pas indifférent.

Le parcours de Georges Mathieu sous les feux des projecteurs est en effet étonnant ; ses performances filmées l’érigent en mythe vivant de la peinture abstraite, tandis que sa pièce de dix francs et ses publicités pour Air France lui assurent une place non négligeable en tant qu’artiste au service de la Nation. Il porte en lui le germe de la nouveauté française et, à ce titre, est plébiscité par le gouvernement, qui a déjà compris son rôle de pionnier de l’art moderne. Les musées lui offrent une place prépondérante, comme le souligne Lydia Harambourg : « Quant à Mathieu, la rétrospective que lui consacre en 1963 le musée d’Art moderne de la Ville de Paris est la consécration et une reconnaissance officielle qui le place au premier rang des commandes dans le domaine des arts appliqués auquel le peintre s’emploie à redonner tout son prestige, des Gobelins à la Monnaie de Paris. »[2]

Pour autant, son art ne perd jamais en intensité ni en originalité, car Mathieu vit pour créer. Dans les années 1980, il évolue vers un style innovant, s’éloignant des compositions centrées des années 50-60. Il propose un vocabulaire explosif nouveau, plus étalé sur la toile, à l’aide de projections d’alkyde. La Galerie Hurtebize propose deux toiles de 1989 et 1990, Aveux Obscurs et Chant d’Ennui, qui reflètent à merveille l’énergie débordante de cette phase de l’œuvre de Georges Mathieu, redécouverte par la galerie Templon, et désormais emblématique du renouveau incessant caractérisant le peintre.

Gros plan : Patrice Trigano explique l’abstraction lyrique de Georges Mathieu

« Il voyait dans l’abstraction lyrique une grande révolution dans le domaine de la peinture mais il pensait qu’il n’était pas le premier artiste à avoir posé ce postulat, et citait à juste titre Wols. Il avait une admiration fervente pour ce dernier, il disait que dans ses huiles, il avait été le premier dans l’histoire de la peinture à introduire des signes qui précédaient la signification. Il disait qu’après Wols tout était à refaire. Certes l’abstraction existait depuis le début du siècle mais tous les gestes des peintres de la première moitié du XXème siècle étaient prémédités. Lorsque Kandinsky peignait, il commençait à dessiner son tableau au crayon, au fusain, puis il passait à la couleur avec des reprises, des repentirs, des périodes de doute et de recul. En revanche, dans l’abstraction lyrique, née sous l’influence de Wols au sortir de la guerre puis chez les peintres américains comme Pollock, Kline, De Kooning, et en France avec Mathieu, Soulages, Hartung et Schneider qui sont les quatre grands abstraits lyriques, la donne était différente puisque, comme le disait très justement Mathieu, un premier geste lancé sans préméditation impliquait l’artiste dans le tableau. Le premier geste appelait un second, le second appelait un troisième et le tableau était raté jusqu’au moment où, grâce à un geste supplémentaire, il se mettait à parler. »[1]

Georges Mathieu fait partie de ces précurseurs inspirés que l’Histoire de l’Art Moderne retient parmi ses figures majeures. La Galerie Hurtebize à Cannes se propose de l’exposer dans son parcours d’exposition aux côtés des autres figures de l’art abstrait à la française que sont Hans Hartung, Pierre Soulages, André Lanskoy, Jean Miotte, Jacques Germain, John Levée et d’autres grands artistes à la gestuelle expressive et sensuelle. Cette immersion dans l’art abstrait français d’après-guerre permet d’en saisir toutes les nuances et les subtilités, mais aussi de constater que le message de ces peintres aux modes d’expression très variés est universel, et donc toujours d’actualité.


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Marie CAMBAS

Dernière arrivée dans l’équipe, Marie est diplômée de l’Ecole du Louvre et de la Sorbonne en histoire et en histoire de l’art. Spécialisée en peinture ancienne, elle se tourne ensuite vers l’art Moderne et intègre la galerie en 2018.

[1] André MALRAUX, in Mathieu, 50 ans de création, Editions Hervas, Paris, 2003, p. 7.

[2] René HUYGHE, in Mathieu, 50 ans de création, Editions Hervas, Paris, 2003, p. 7.

[3]  Yves RESCALAT in Mathieu, 50 ans de création, Editions Hervas, Paris, 2003, p. 10.

[4] Patrice TRIGANO, Une vie pour l’art, Editions de la Différence, Paris, 2006, p. 144-145.

[5] André MALRAUX, in Mathieu, 50 ans de création, Editions Hervas, Paris, 2003, p. 7.

[6] Patrice TRIGANO, Une vie pour l’art, Editions de la Différence, Paris, 2006, p. 145.

[7] Lydia HARAMBOURG, « Bernard BuffetGeorges Mathieu, entre mythe et modernité » in Bernard Buffet, catalogue de l’exposition éponyme du 16 octobre 2016 au 5 mars 2017 au Musée d’art Moderne de la Ville de Paris, Paris Musées, Paris, 2016, disponible en ligne sur :

Lydia Harambourg : Bernard Buffet – Georges Mathieu, entre mythe et modernité

[8] Patrice TRIGANO, Une vie pour l’art, Editions de la Différence, Paris, 2006, p. 145.


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Pierre Soulages à la Galerie Hurtebize

Cette année Pierre Soulages fête ses 30 ans.

La Galerie Hurtebize propose à cette occasion une œuvre inédite du maître du Noir, Peinture 63 x 102 cm, 9 avril 2000.

Soulages est un des pionniers de l’art abstrait en France, à l’instar d’autres grandes figures présentées par la Galerie, spécialisée en art moderne. C’est l’un d’eux, Hans Hartung, contemporain de Pierre Soulages, qui exprime cette appartenance du ruthénois à la nouvelle vague d’après-guerre : « Nous nous sommes tous développés d’une manière instinctive et naturelle comme cela me paraît avoir été le cas aussi avec Schneider, Soulages, Mathieu et bien d’autres, européens et américains ».[1]

L’art abstrait en France est souvent coloré : chez Hartung, Mathieu, Miotte, Schneider, Lanskoy et les autres, les couleurs vives se juxtaposent, se superposent au rythme du pinceau et des outils, scandant les émotions les plus intimes des peintres dans des envolées lyriques plus ou moins énergiques et denses en matière.

Pierre Soulages, à l’inverse, invente un langage fait d’ombres et de lumières, de reflets et d’introspection par le contraste absolu du noir et du blanc. Comme son contemporain André Marfaing, avec lequel il entretint un rapport parfois difficile, sa poétique ne se base pas sur la décomposition des couleurs du spectre lumineux, cher à Charles Lapicque, mais sur le contraste le plus absolu qui soit : celui du blanc et du noir. Et même lorsqu’il emploie la couleur, le bleu ou le brou de noix, celle-ci rehausse la valeur absolue du noir qui s’y oppose par plages plus ou moins denses et brillantes.  La recherche du paradoxe – la lumière par l’obscurité, la brillance par le noir – est une constante que l’artiste ne cesse de recréer, tout comme la tension permanente entre lyrisme créateur et rigueur formelle de ce qu’Hans Hartung appelle « ces « poutres » qui, pour beaucoup de peintres (Franz Kline, Soulages, et {lui-même} encore), allaient jouer, après-guerre, un grand rôle. »[2]

Durant un mois, en l’an 2000, Pierre Soulages a réinventé sa technique, pour produire sept tableaux au format identique selon une technique de collage de bandes de toile outrenoires – donc peintes en noir sur toute leur surface – sur toile. L’œuvre présentée par la Galerie Hurtebize est la septième de cette série atypique du maître, qui emploie ici une technique inédite. Cette œuvre a notamment été exposée lors de la rétrospective Soulages au Centre Pompidou et figure dans le catalogue de l’exposition[3], preuve de sa grande qualité picturale, de sa rareté et de sa représentativité de la série des sept peintures de mars à avril 2000.

Dans le quatrième tome du catalogue raisonné de Soulages, Pierre Encrevé, spécialiste du maître de l’Outrenoir, détaille le mode opératoire du peintre :

« Le renouvellement incessant de Soulages dans ces années se manifeste encore dans l’apparition d’une autre « famille » de toiles également en noir et blanc, mais d’une technique radicalement différente de celles qu’il a mises en œuvre jusqu’ici, une sorte spécifique de collage. {…} Sept peintures horizontales de mêmes dimensions, 63 x 102 cm, réalisées en continuité sur la durée d’un mois, {…} sont en effet réalisées d’après le principe suivant : Soulages découpe quatre (cinq, pour 12 mars 2000) larges bandes de toile, longues de 102 cm pouvant recouvrir ensemble environ les deux tiers de la surface de la toile blanche tendue sur le châssis (excepté pour 8 mars 2000 où l’une des bandes est deux fois plus large que les trois autres) et les peint en noir des deux côtés ; puis il les applique légèrement sur la toile blanche, laissant des traces noires aléatoires et plus ou moins nettes selon la force de la pression exercée ; enfin il les colle en parallèles horizontales par une forte pression, les « salissures » noires demeurant visibles dans les bandes blanches délimitées sur le fond par les bandes collées.

Cette technique inédite dans l’œuvre du maître est originale et recherche les mêmes effets de contrastes lumineux que ses précédentes expérimentations. A ce sujet, Pierre Encrevé ajoute : Le résultat est tout à fait surprenant pour qui connaît bien son travail : des toiles avec quatre ou cinq bandes noires monochromes, nettes et parallèles, laissant à découvert une partie du fond de la toile dont la blancheur est maculée de traces noires plus ou moins visibles ne laissant intact aucun endroit de la surface.

Encore une fois, Soulages produit une lumière purement picturale par contraste, mais sans rapport direct avec aucun des exemples précédents, où s’opposent violemment l’aléatoire des taches noires et la rigueur des bandes organisant l’espace de la toile. Surtout, le collage produit une structure de surface inégale où les traces des mouvements d’applications incomplètes des bandes semblent éterniser un work in progress. Comme si, une fois n’est pas coutume, Soulages voulait donner accès simultanément au procès même de création et à son résultat.»[1] La lumière créée par cette technique double du noir « plein » et de la trace floue provoque une sensation d’instabilité, « une lumière dispersée surprenante, sans rapport avec le contraste noir sur blanc d’avant l’outrenoir. »[2]

Ainsi, la pièce que propose la Galerie Hurtebize reflète les avancées de la recherche de Soulages sur la lumière obtenue par le travail du noir, grâce à une innovation rare dans l’œuvre du maître, le collage de bandes de toiles sur toile.

Venez découvrir l’une des seules compositions de ce type à Cannes au sein du parcours d’exposition de la Galerie Hurtebize, qui propose cette œuvre au milieu d’autres pièces des grands maîtres de l’art abstrait français.


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Marie Cambas

Dernière arrivée dans l’équipe, Marie est diplômée de l’Ecole du Louvre et de la Sorbonne en histoire et en histoire de l’art. Spécialisée en peinture ancienne, elle se tourne ensuite vers l’art Moderne et intègre la galerie en 2018.

[1] Hans Hartung, Autoportrait, Les presses du réel, 2016, première édition Grasset, 1976, p. 55.

[2] Hans Hartung, Autoportrait, Les presses du réel, 2016, première édition Grasset, 1976, p. 223.

[3] Peinture 63 x 102 cm, 9 avril 2000, cat.82, in Soulages, catalogue de l‘exposition Soulages au Centre Pompidou, Paris, du 14 octobre 2009 au 8 mars 2010, sous la direction de Pierre Encrevé et Alfred Pacquement, Centre Pompidou, Paris, p. 255.

[4] Pierre ENCREVÉ, Soulages, l’œuvre complet, Peintures, IV. 1997-2003, Gallimard, Paris, 2015, p.47-49.

[5] Pierre ENCREVÉ, « Un parcours » in Soulages, catalogue de l‘exposition Soulages au Centre Pompidou, Paris, du 14 octobre 2009 au 8 mars 2010, sous la direction de Pierre Encrevé et Alfred Pacquement, Centre Pompidou, Paris, P.29.


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Art contemporain : Les mains de Catherine Thiry

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L’œuvre sensuelle et spontanée de Catherine Thiry naît de la rencontre des mains du sculpteur avec la terre. C’est dans ce dialogue tactile qu’elle puise son inspiration ; « Je ne choisis pas mes sujets, ils s’imposent [1]», nous confie-t-elle. Catherine Thiry modèle la terre selon sa technique si particulière, faite de reprises, d’épaisseurs et d’irrégularités qui valorisent la matérialité de l’œuvre. Une fois le geste terminé, l’artiste confie son travail à sa fonderie partenaire. Cette dernière emploie le procédé de la cire perdue pour rendre fidèlement les beaux accidents du modelé, dans un bronze qui semble animé. Y apparaissent les aspérités, les volumes, et même les empreintes digitales de l’artiste, témoignages de la rencontre magique entre ses mains et la terre glaise.

Lorsque l’œuvre naît, Catherine Thiry ne sait pas ce qui va émerger de la terre. Elle raconte :

« Le titre vient après, parce que j’ignore ce qui va être dit pendant la création…
 Comme disait Edward Hopper : « Si vous pouviez le dire avec des mots, il n’y aurait aucune raison de le peindre. »
 Ce qui s’exprime est au-delà des mots et de mon conditionnement.
 Je n’écoute que mes sensations et j’essaye d’éviter au maximum d’avoir un avis, une pensée ou un jugement sur le résultat.
 C’est le geste qui me guide vers ce qui est neuf à chaque instant, la vie !
 C’est la danse avec la terre qui me conduit là où plus rien n’a d’importance sauf l’intensité du présent.
 Donner un nom, un titre à ce qui se joue au coeur de l’atelier est dérisoire à mes yeux.
 J’essaye juste qu’il n’abîme pas, ne limite pas trop, le petit morceau d’infini que j’ai eu la joie de connaître, en vivant cette expérience.
 J’ai envie de partager ce qui nous relie, nous unit, ce qu’il y a entre les lignes, sous la surface. J’ai envie de connaître ce que les gens sentent, non ce qu’ils pensent.
Si je suis obligée de donner un titre, j’aimerais qu’il permette d’emmener quelqu’un dans les méandres de ses propres sensations. 
 Je voudrais qu’il induise uniquement des questions vers lui-même, et je ne souhaite pas donner d’explications.
 Un peintre dont j’ai oublié le nom disait : «  Lorsqu’une oeuvre à besoin d’une explication… l’explication, elle, n’a pas besoin de l’oeuvre. » ».

Catherine Thiry offre donc pour chaque création un concentré de vie, d’émotions et d’instincts ; une bribe d’infini, comme elle le suggère elle-même. Son art est empirique avant tout et s’ancre dans une recherche du sensible.

La Galerie Hurtebize a choisi de défendre la beauté de sa poétique en proposant plusieurs pièces de l’artiste : des bustes, comme Sagace et Panacée, des portraits, comme Le Kid, Effigy ou Ma Parole, mais aussi d’autres types d’œuvres, comme Paradigm, Tempera et Lucid. Ces trois sculptures racontent le sentiment humain à travers l’emploi de la figure animale. Toutes ces pièces sont des bronzes originaux, dont la forme, la taille et la patine ont été soigneusement élaborées par leur créateur.

Voici un texte que Catherine Thiry affectionne particulièrement. Il nous permet de saisir la dialectique qui s’opère entre rudesse et élégance, artisanat et raffinement des émotions, qui constitue l’enjeu majeur de l’œuvre du sculpteur :

« Catherine a des mains blessées, de travailleur de force,
de lavandière ancienne.
Elles dansent devant vous quand elle parle.
Elle les broie quand elle tresse la carcasse filaire, qui sera l’os
et le fil de la neuve chose qu’elle dresse hors de terre.
Elle les tient chaudes pour approcher la glaise qu’elle torture
et caresse. Elle les noue sur le cou, le dos, le ventre et les joues
de ce qui lui sort des doigts : le vif, le beau, chaud.

Catherine sculpte et peint. Elle sculpte comme elle peint
et fait le chemin inverse de l’œil à la main.
Il faut laisser ses éclats de vie, quasi monochromes sur toile,
brutalement écaillés en bronze, surgir d’elle et vous envahir l’œil,
le cœur et la main qui s’avance pour toucher
la caresse crûe qu’elle leur a donnée
Catherine est une force nature,
qui prend à bras-le-corps les formes qui germent en elle
depuis des lunes , depuis l’enfance.
Catherine ne ressemble à rien, elle invente.
D’un geste, elle capte le mouvement suspendu d’un homme
que le doute blesse, l’intime conviction alanguie d’une « petite »,
le pas infini d’un poney minuscule ou le regard éloigné d’un «cador»
dont elle ne livre que la tête émergée.
De coup de pouce, il me semble, en coup de poing aussi sans doute,
elle taraude la terre, la tord, la plaque, en fait une carapace
qui gaine l’instant funambule que son œil a capté.
Etrangement, le passage au bronze sublime cette instantanéité.
Jamais elle ne tombe dans la redite, l’automatisme.
Sa liberté me sidère et me touche.
Catherine peint, et sa peinture lui ressemble bien.
Libre et mouvante, émouvante,
comme les regards qu’elle détaille, voile ou gomme délibérément.
Les visages humains émergent, interrogent
ou s’abîment dans des teintes folles et profondes.
Catherine sculpte et peint, droit au cœur.
Elle met son bleu à l’âme, mais brandit feu et flammes
sans peur, en toute liberté.
Car il y a de l’allégresse dans son art et une force pénétrante mêlées,
qui surgissent d’elle et prennent à la gorge comme un chagrin d’enfant.
Je n’ai plus rien à dire en mots,
je veux laisser ses mains d’ouvrière inouïe
remuer ciel et terre
et la laisser, de ses doigts
toucher le cœur de la couleur du temps. [2]»

Venez découvrir notre parcours d’exposition où les œuvres des maîtres de l’art abstrait – Hans Hartung, Georges Mathieu, Pierre soulages, John Levée, Jean Miotte, Jacques Germain – s’accordent et interagissent dans une union parfaite avec le parterre de sculptures de Catherine Thiry. Thiry est une sculptrice de l’intensité, du geste fort, tout comme les artistes abstraits et modernes ouvrirent la voie à la peinture du Moi sensible par une gestuelle spécifique. C’est cette même volonté de liberté d’expression et d’universalisme qui coordonne le dialogue des œuvres modernes et des sculptures contemporaines de la Galerie Hurtebize.


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Marie Cambas

Dernière arrivée dans l’équipe, Marie est diplômée de l’Ecole du Louvre et de la Sorbonne en histoire et en histoire de l’art. Spécialisée en peinture ancienne, elle se tourne ensuite vers l’art Moderne et intègre la galerie en 2018.

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[1] Toutes les citations sont issues d’une correspondance électronique entre Catherine Thiry et Marie Cambas le lundi 6 mai 2019.

[2] Texte inédit de Marinette ADAM.

Crédit photo : © Gwendoline de Backer


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ART PARIS ART FAIR 2019 - Du 04.04 au 07.04.2019

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