Moïse Kisling, né en Pologne en 1891 où il se forme dès l’âge de 15 ans au dessin industriel tout en préparant déjà son entrée à l’Ecole des Beaux-Arts de Cracovie, arrive à Paris en 1910 sur les conseils de son professeur Joseph Pankiewics, grand admirateur des Impressionnistes qui le pousse où souffle un vent de liberté, de créativité et d’audace dans tous les domaines artistiques : musique, danse, peinture, littérature…

Il s’installe dans un premier temps à Montmartre où il est immédiatement rattaché à l’Ecole de Paris avant de devenir le « Prince de Montparnasse », attirant par sa générosité et son appétit de vivre les artistes novateurs qui s’y retrouvent : Picasso, Derain, Modigliani qui sera son grand ami, Max Jacob, André Salmon, Jean Cocteau

Pour Joseph Kessel « Kisling aimait la vie et la vie l’aimait (…). Il était simplicité, sincérité et naturel. Il se contentait de vivre »[1].

Si les années 1910 sont riches de rencontres, son travail ne sera reconnu qu’à la fin de cette décennie et le succès au rendez-vous dès les années 1922. Jacques Lambert qualifie la période de 1920 à 1930 d’années bleues, en opposition aux années grises de la seconde guerre mondiale qui suivront.

La Galerie Hurtebize acquiert un portrait féminin emblématique de l'œuvre de Kisling

Le portrait que nous présentons aujourd’hui date de 1924 qui sera marquée par de nombreux voyages mais aussi suivant juste la naissance de ses deux fils et une vie de plus en plus confortable et stable. Si les nombreux amis sont toujours aux rendez-vous fixés le mercredi chez Renée et Moïse Kisling, l’artiste est tous les jours, dès les premières heures, au travail dans son atelier. Chaque œuvre, qu’il s’agisse d’un portrait, d’un paysage, d’un bouquet ou d’une Nature-Morte, est soigneusement et longuement préparée. Et, dès cette période, chaque tableau peint est immédiatement vendu.

Les portraits qu’il réalise tout au long de sa carrière sont reconnaissables par son trait tout à fait personnel et pourtant assez divergents au niveau de leur composition. Si l’arrière-plan est souvent neutre, certains portraits sont ornés d’une fine dentelle ou d’une étoffe aux motifs délicats, mais l’accent est mis sur la recherche de la pureté et la lumière des visages tout en s’appuyant sur des accords chromatiques très étudiés.

La simplicité du portrait présenté aujourd’hui fait ressortir la finesse et la force de Kisling par un cadrage serré sur un fond anonyme. Roger de Montebello décrit l’homme au travail :

« … il semble foncer sur la toile, et c’est une petite touche légère et fraîche qu’il pose de sa grosse patte délicate »[2].

Huile sur toile Jeune brune aux yeux bleus de Moise Kisling 1924

Si nous observons en détails le traitement de la frange du modèle de notre tableau, c’est exactement ce que nous ressentons : le trait est spontané et en même temps tellement tendre et précis, dynamique et élégant. L’accent est mis, comme toujours, sur le regard qui exprime à la fois une certaine mélancolie en opposition au désir de l’artiste de faire ressortir la beauté de la Femme et sa personnalité propre. Comme chez Modigliani, les « regards » traduits par Kisling se reconnaissent dans tous les portraits qu’il réalisera : de grands yeux en amande qui ne fixent jamais directement le spectateur sans l’ignorer totalement non plus. Un regard légèrement perdu et pourtant tellement présent.

La délicatesse se retrouve également dans les traits du visage, le nez et la bouche à peine esquissés, si légèrement réhaussés d’une petite note colorée. Et le fond qui parait au premier coup d’œil si neutre, est en fait une harmonie savante de teintes froides et de fines transparences qui viennent appuyer la lumière émanant proprement de la peau du modèle et irradiant l’espace entier de la toile.

Zoom sur portrait féminin de Kisling

Si Kisling n’a pas révolutionné la peinture, il s’entoure d’esprits libres et son œuvre est une synthèse très personnelle des différents mouvements picturaux de son époque : néo-classicisme, couleurs audacieuses des Fauves, théorie volumétrique de Cézanne, cubisme de Picasso et Braque, absence de perspective chère aux Nabis, naïveté du Douanier-Rousseau ou mélancolie de l’Ecole Judaïque… Il s’intéresse aux canons et aux nouveautés de la peinture tout en obéissant d’abord à son tempérament profond et cherchant à tout prix à rester lui-même. Il crée un réalisme raffiné par la stylisation et la synthétisation des formes qui lui sont propres, un dessin ferme et précis aboutissant à un art figuratif aux lignes simples et épurées par lequel il cherche avant tout à transcrire la vie intérieure de ses modèles mais où transparaît toujours une gaieté empreinte de mélancolie.

« Je ne fais pas des portraits psychologiques, mais j’essaie, par l’ambiance, le costume, l’aspect extérieur du corps, la vie intense du regard ou des mains, de placer mes personnages dans leur existence courante »[3]

Son œuvre, principalement dédiée aux portraits féminins, s’attache à faire ressortir la beauté de la femme moderne tout en exprimant sa sensibilité. Matisse lui rendra hommage quelques jours après sa mort en le qualifiant « d’un des meilleurs portraitistes de son époque »[4].


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Maud Barral

Après une expérience de 15 ans passés aux côtés de Jean Ferrero, directeur de la galerie historique de l’École de Nice et des Nouveaux Réalistes, Maud a ensuite défendu la jeune création contemporaine durant 5 ans, au sein de sa propre galerie, avant de rejoindre l’équipe de la Galerie Hurtebize en 2015.


[1] Joseph KESSEL, KISLING, édité par Jean Kisling, 2e édition, 1989, pp.16-20

[2] Jacques LAMBERT, KISLING, Prince de Montparnasse, Les Editions de Paris, 2011, p.81

[3] Henri TROYAT, KISLING, édité par Jean Kisling, 1982, p.18

[4] Jacques LAMBERT, KISLING, Prince de Montparnasse, Les Editions de Paris, 2011, p.89