La peinture, pour Sam Francis, a tout d’une thérapie, d’un chant intérieur cathartique.

Ce grand artiste a en effet commencé son œuvre sur un lit d’hôpital, alors qu’il était encore tout jeune. Retour sur l’œuvre d’un des plus grands représentants de l’abstraction américaine.

Une vocation d'artiste née de la tragédie

Sam Francis se destinait à une carrière de botaniste ou de médecin, avant de se tourner vers l’étude de la psychologie. Toute sa vie, il sera attiré par les mouvements de la pensée, et son œuvre se ressentira de cette quête intime infinie.

A l’âge de vingt ans, il choisit d’intégrer l’US Air Force afin de prendre part à la Seconde Guerre Mondiale, mais à l’entraînement, son avion s’écrase, et le jeune homme est sévèrement atteint à la colonne vertébrale.

Pour ne pas devenir fou, il se met à peindre. Alité durant trois longues années, Sam Francis développe un art abstrait, sur son lit de malade, en s’intéressant notamment aux formes abstraites des nuages dans le ciel, et à la force des couleurs dont est composé son proche environnement. Nourri des modèles des grands maîtres, tels Picasso ou Mirò, grâce à David Park de la School of Fine Art de Californie qui lui apporte des toiles, le jeune Sam Francis développe son imaginaire, loin des contraintes de l’académisme. Après son séjour à l’hôpital, c’est chez Clyfford Still qu’il se forme, dès 1946. C’est durant cette période décisive qu’il affirme définitivement sa préférence pour l’abstraction. Puis il s’installe en France, où il passera près de onze ans, entre Paris et le Sud, dans des milieux proches des peintres de l’Abstraction Lyrique.

oeuvre abstraite sur papier de Sam Francis

Sans Titre, Sam FRANCIS, 1977

Une vision philosophique de la peinture

Sa peinture est un travail de l’instantané, du geste spontané. Francis explique : « Quand je manipule la couleur, quelque chose commence à arriver et j’ai des idées. Quelquefois, ces idées sont très fugitives. Elles viennent de manière graphique. Quelquefois, la seule manière de les saisir, c’est avec un pinceau et de la couleur. J’utilise une comparaison : c’est comme plonger dans une eau très profonde et qui serait très, très froide et vous n’avez peut-être que cinquante secondes pour aller au fond et ressortir… Ainsi, il y a un moment où, pour attraper l’idée, vous devez travailler vite, sans penser. » Il faut agir vite pour saisir l’essence de la pensée, qui, fulgurante, anime l’âme du peintre.

Son inspiration lui vient de la nature, lui le botaniste dont l’œil sera toujours attiré par les beautés du monde : « Les couleurs sont des forces… ce sont des forces réelles dans la nature et dans la psyché ». Le peintre met en parallèle les tonalités présentes dans l’environnement et les couleurs mentales, celles des émotions. Tout comme Paul Jenkins, autre grand peintre américain de Paris, Francis développe une réflexion philosophique sur les liens entre couleur et vie intérieure. « Un accroissement de la lumière provoque un accroissement de l’obscurité », ajoute-t-il, dans un moment de profonde méditation. Sa peinture entre fond blanc éclatant et couleurs projetées qui encerclent les plages vierges pose la question du contraste. La vie, la mort, les pleins, les vides, les espaces, les superpositions… Les taches de Sam Francis sur le papier évoquent le cosmos et le microcosme dans un rythme inégal et savamment composé qui colle au Vivant.

Dans une interview filmée, l’artiste explique sa conception du contraste entre ombre et lumière :

Light and dark are constellations of each other. {…} Light is the evidence of the movement of Eternity.” (1)

Ainsi, dans une gestuelle saccadée et rapide, qui a pour but de saisir une émotion au moment où elle se présente, le peintre entend restituer une bribe d’Infini, d’intemporalité.

Le spectateur comme créateur de l'oeuvre

Sam Francis attrape cet instant essentiel, et l’offre au spectateur. En effet, pour lui, l’œuvre est un support, sur lequel le public peut baser sa propre réflexion : « Les peintures sont seulement des suggestions pour que les gens s’en servent… La plus belle définition de l’art que je connaisse est celle de Shakespeare dans l’épilogue de Prospero, à la fin de « La Tempête » … Il a à voir avec la signification de ce que l’œuvre d’art est vraiment, il dit comment l’artiste doit l’abandonner, abandonner son art, abandonner sa magie, abandonner tout et laisser le public ou la personne qui arrive par hasard, celle qui se trouve passer par là, achever l’œuvre à sa place. »

L’art est donc une communion, une collaboration entre l’artiste, l’œuvre elle-même et l’œil qui la reçoit. C’est une expression personnelle qui traduit une sensation universelle, captée, complétée et modifiée par la vision du spectateur.

Sam Francis propose donc une œuvre où l’abstraction confine à l’Existant et à la Nature, dans un dialogue constamment recréé avec le public.

La Galerie Hurtebize à Cannes propose une œuvre de 1977 où l’artiste déploie toute la quintessence de son travail : sur un papier blanc, les taches de couleurs à dominante sombre verte et violette se superposent en traînées plus ou moins opaques, dans un contraste magistral qui quadrille la composition, constellée de projections jaunes et oranges qui l’illuminent, comme les étoiles éclairent la nuit.


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Marie Cambas

Dernière arrivée dans l’équipe, Marie est diplômée de l’Ecole du Louvre et de la Sorbonne en histoire et en histoire de l’art. Spécialisée en peinture ancienne, elle se tourne ensuite vers l’art Moderne et intègre la galerie en 2018.


[1] La lumière et l’ombre sont des constellations l’une de l’autre. La lumière est la preuve du mouvement de l’Éternité.